Jeudi 2 septembre 2010
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Il plisse un peu les yeux et
susurre vous savez, j’écris, moi aussi, comme il me confierait quelque pratique sexuelle immonde dont il me saurait également adepte, m’engluant dans
une complicité obscène qui me révulse et me ferait prendre toute littérature en horreur.
Et cependant, il y a bien cela
que j’aime en celle-ci, qu’elle puisse naître du désespoir, du dégoût, de l’angoisse, de la solitude, du ressentiment, du défaut de joie ou de santé – qu’elle ne soit pas toujours le fruit de nos
sèves les plus bouillonnantes, de nos instincts les plus robustes et de notre enthousiasme.
Dans le poulailler, le renard
polit avec sa langue un bel œuf d’ivoire que ne viendra pas gober la belette.
Par Éric Chevillard
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Mercredi 1 septembre 2010
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03:19
Combien de baisers encore pour être immunisé
contre ton venin ?
Ce jeune homme consacre sa thèse à mes
livres ; il y travaille rigoureusement depuis plusieurs années et me communique à mesure de son avancée les chapitres achevés dont la lecture alors infléchit radicalement le cours de mon
roman en chantier à ce moment-là : je m’efforce en effet de donner tort sur toute la ligne à cet étudiant en évitant de prendre les directions qu’il a décelées dans le corpus de mes
précédents livres, en bourgeonnant au contraire dans le sens qu’il croyait fermé pour moi – ce qui ruine à chaque fois son travail et l’oblige à tout refondre. Pourquoi est-ce que je fais
cela ? D’une part, pour ne pas me laisser enfermer dans une glose où je suffoquerai ; d’autre part, parce que je découvre ainsi, par lui délimités et circonscrits, des territoires qui
me sont naturellement étrangers et vers lesquels du coup tout mon intérêt se porte ; enfin, par malice, malveillance et cruauté pure.
Mais d’où vient cette toute toute
petite toux ? C’était un papillon allergique au pollen.
Par Éric Chevillard
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Mardi 31 août 2010
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03:32
Mes enfants : Agathe et Suzie, donc –
ainsi que Roger, Raymond, Robert et Martial (mais j’ai congelé les garçons).
La baisse des vocations de religieuses et de
moniales n’affecte pas seulement l’Église. C’est aussi tout le secteur de la sandalette et du nu-pied qui est frappé de plein fouet.
Force est de constater que les
petites filles encore aujourd’hui reçoivent en cadeau des poupées, des dînettes, des aspirateurs et des cuisines équipées. Et je vois bien que déjà Agathe tire un trait sur la mécanique, la
chasse au chevreuil et le football professionnel – bientôt, c'est à craindre, elle renoncera à décapsuler ses bières avec les dents.
Par Éric Chevillard
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Lundi 30 août 2010
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04:22
Sept cents nouveaux romans paraissent ces
jours-ci. Comment ne pas y voir le signe de la bonne santé et même de l’extrême vitalité de notre littérature et la preuve encore que Lapine n’est pas la plus complaisante des maîtresses ni
Poulette la plus écervelée des pondeuses ?
Sept cents ! Quand je ne publie rien, ils
doivent s’y mettre à sept cents pour combler le vide, pour tromper le manque et distraire la faim ! L’effort mérite considération. Nous feindrons donc avec indulgence d’y trouver notre
compte en attendant des jours meilleurs.
Quel
genre de livres ? Et vous en vivez ? est-il aussitôt demandé à l’écrivain contraint
d’énoncer sa raison sociale. À quoi je réponds que ce sont précisément là les deux questions que du matin au soir je me pose.
Par Éric Chevillard
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Vendredi 27 août 2010
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03:32
Agathe parle maintenant comme un
livre – mais un livre de son père, la chère petite, si bien que je suis souvent seul à la comprendre (nous rions beaucoup).
Un pied dans la tombe, te voilà
quitte enfin de l’incertitude, de l’hésitation, de l’embarras du choix : tu ne peux danser que sur l’autre.
L’écrivain ne saurait se réjouir
du bonheur conjugal de ses lecteurs. Il fomentera leur mésentente et leur désunion par tous les moyens. Le couple est une entité qui doit être rompue et divisée afin de revivifier un marché
moribond. Une bibliothèque pour deux, quel manque à gagner !
Par Éric Chevillard
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