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2517

Published on by Eric Chevillard

Des jeunes femmes au profil de médaille, inclinées doucement, le front pensif, plissant les lèvres en une moue charmante, une mèche de cheveux caressant leur joue, il y en a beaucoup, il y en a par centaines des millions de milliers, partout, mais elles sont penchées sur leur téléphone. Alors quand vous en surprenez une soudain dont l’activité ne dément pas cette gracieuse attitude puisqu’elle lit une revue d’art consacrée aux préraphaélites, l’émotion est grande.

Le monde serait tout de même plus plaisant si chacun travaillait son petit numéro en coulisses avant de le présenter publiquement.

Afin d’en finir avec cette existence lamentable de routine et d’ennui dans laquelle il se sentait sombrer et pour retrouver goût à la vie, à l’aventure, à l’avenir, il a acheté un bateau – et fait naufrage pour de bon.

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2516

Published on by Eric Chevillard

Bien des jours où la littérature – lire écrire – dégoûte jusqu’à la nausée celui qui s’y consacre. Mais quand, d’un grand geste émancipateur, il veut envoyer valser tout ça, il se rend compte que rien n’a changé depuis le jour où – pour cette bonne raison justement – il s’était engagé dans ce tunnel de livres : c’est pire au-dehors, l’ennui est sur toute chose comme une rouille.

– J’ai tué papa et j’ai couché avec maman.

– Va en paix, tout est pardonné.

Reconnaissons que la thérapie du confessionnal est plus rapide et plus efficace que celle du divan.

Je fais flèche de tout bois, ce qui en effet m’oblige à scier aussi la branche sur laquelle je suis assis.

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2515

Published on by Eric Chevillard

Je n’irai pas. Quel soulagement, cette décision que je prends dans la rue soudain ! Je la sais définitive, irrévocable. Rien ne pourra me faire changer d’avis, et c’est bon.

C’est bon, cette certitude, cette paix qui descend sur moi, cette douceur de vivre tout à coup, seulement parce que je n’irai pas. Cette aubaine d’être vivant et d’habiter ce monde, pour la première fois peut-être je la savoure pleinement, et mes larmes se mêlent à mon rire, tout cela parce que je n’irai pas et que ce fut évident pour moi dès que j’ai vu l’affiche.

YVES DUTEIL EN CONCERT

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2514

Published on by Eric Chevillard

Curieusement, nous ne jugeons chaque jour de notre allure générale et de notre pouvoir de séduction qu’en fonction de l’état de nos cheveux – comme si notre chevelure décidait seule de l’harmonie des traits de cette figure éternellement nôtre, plus ou moins avenante, qu’un coup de peigne ou de vent ne saurait de toute façon modifier le moins du monde.

La vraie tache du léopard est à côté du léopard.

Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement ; qu’importe, les grands cimetières sous la lune nous en apprennent bien assez long.

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2513

Published on by Eric Chevillard

C’est stupéfiant, les cinéastes parviennent maintenant à donner l’illusion de la 3D sans que nous soyons obligés de porter les lunettes ad hoc, étais-je en train de me dire quand je compris que s’interposait, entre mon fauteuil et l’écran où je suivais cette odyssée saharienne, le crâne chauve du spectateur assis devant moi.

Et si toute l’histoire n’était qu’une invention de Joseph, s’il avait monté ce bateau pour justifier son déni de paternité ? L’humble, le brave, le candide Joseph… tu parles !

Mais les plus grands réalisateurs ont beau s’escrimer, la toile de l’écran reste nette, immaculée et sans un pli après la diffusion de leurs films – tandis que mon drap au matin est une guenille innommable ou une tapisserie tissée de fils d’or, selon mon rêve de la nuit.

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2511

Published on by Eric Chevillard

Il est toujours plus simple de pouvoir répondre oui à toutes les questions qu’on nous pose : Vivez-vous en couple ? Avez-vous des enfants ? Travaillez-vous ? Êtes-vous propriétaire ? Avez-vous une voiture ? Toute réponse négative doit s’accompagner d’explications, voire de justifications. Paradoxalement, le phobique social ne trouvera donc la paix que s’il s’intègre parfaitement à la société, évitant ainsi d’être sans cesse mis à la torture par ses inquisiteurs.

Sabre au clair sur son cheval, ce général ferait mieux de fondre le bronze de sa statue afin de s’armer d’un canon plus déterminant.

Harcelé moralement par les esprits médiocres et les âmes mesquines, j’envisage sérieusement de porter l’affaire devant les sur’hommes.

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2510

Published on by Eric Chevillard

Barrant la rue avec sa bande d’acolytes rigolards, elle me proposa un hug. Bien volontiers ! m’exclamai-je en lui saisissant les tétons et en la faisant pivoter tout en pesant sur son dos afin qu’elle s’incline, je la pris rapidement en levrette et continuai ensuite ma promenade tout épanoui et ému par la générosité de cette initiative militante destinée à nous attendrir en versant à longs flots dans nos cœurs secs de citadins pressés le miel de la tendresse humaine.

Cesse de faire ceci et de manger cela, disent les médecins, change de vie et change de corps, si tu veux guérir, deviens un autre. En somme : si tu veux ne plus souffrir, substitue-toi habilement à ton voisin de palier qui est en parfaite santé.

Il voudrait laisser sur cette terre l’empreinte de son nombril.

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2509

Published on by Eric Chevillard

Les grands écrivains, comme s’ils avaient inventé un genre, suscitent bientôt des imitateurs, des émules, des pratiquants. Leur littérature fait école et, si leur génie les distingue encore, une bibliothèque enfle autour de leurs livres, étalons d’une nouvelle norme universelle. Tandis que l’originalité de certains écrivains mineurs, petits maîtres sans disciples, ne s’émousse jamais et séduira davantage les esprits indépendants, les solitaires, ceux qui n’ont pas de l’humanité l’expérience d’une communauté fraternelle, mais bien plutôt celle d’un grouillement de rats fous furieux auxquels on a cousu l’anus et qui s’entredévorent férocement.

combien de haïkus

romancier russe

délayes-tu dans ton laïus

Nous autres ogres, nous sommes tous d’accord sur ce point, le meilleur morceau de la petite fille, c’est l’aile.

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2508

Published on by Eric Chevillard

Il y a pourtant une chose qui ne tient pas, une incohérence assez gênante, et c’est que le loup ne peut en aucune façon avaler tout rond la grand-mère du Petit Chaperon rouge ni même le Petit Chaperon rouge, d’ailleurs, si petit soit-il.

Il doit d’abord les déchiqueter de ses dents pointues, séparer leurs membres du tronc, broyer leurs os longs et courts, arracher les organes, hacher les chairs et les hacher encore, les hacher menu, mâcher longtemps avant d’avaler la môme et sa mère-grand, si rabougrie soit-elle.

Aussi bien le chasseur, ensuite, en ouvrant le ventre du loup pour libérer l’une et l’autre, ne va trouver en fait qu’une bouillie de viande et d’os à demi liquéfiée déjà par les sucs gastriques et mélangée de petits animaux des bois en charpie qu’il sera bien difficile de démêler de cet ensemble peu ragoûtant qu’on ne me fera pas gober davantage que la fin heureuse de cette histoire donc.

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2507

Published on by Eric Chevillard

Sans doute est-il injuste de prétendre que l’islamophobie explique seule le sentiment de rejet ou d’ostracisme qu’éprouvent trop souvent les musulmans de France. Parfois, cette distance traduit plutôt la volonté de ne pas blesser ou froisser une religion si susceptible, non par crainte de représailles, mais par respect et peur de la gaffe… Dans quelle mesure par exemple un homme peut-il adresser la parole ou plaisanter avec une femme voilée sans être malséant ? N’étant sûr de rien, il préférera se taire et même éviter son regard.

Tour de vis. Le cercle commencé dans le ciel par le vautour, le requin le boucle dans l’eau.

ce labyrinthe

où je m’éreinte est l’antre

de la danseuse du ventre

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