Mercredi 19 juin 2013
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« Tout ce qui m’arrive n’est
un événement que pour moi », écrivait Cioran. Cette indifférence et cette solitude fondamentales ne sont jamais aussi patentes que le jour de notre anniversaire. Et quand autrui malgré tout
s’en avise, c’est pour fêter cette catastrophe !
Un serpent en avala un autre et
s’en trouva doublement affamé.
Pour en éprouver de plus en plus
souvent la sensation déchirante, je peux témoigner que la nostalgie n’est pas du tout le regret d’instants précieux ou de jours merveilleux abolis, mais la souffrance qu’inflige cette longueur de
temps passé qui toujours augmente, comme d’un écartèlement qui n’en finirait pas de séparer nos cartilages et nos fibres. Nous sommes encore là-bas (jadis), et ici (maintenant) à la fois,
atrocement dilatés.
Par Éric Chevillard
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Mardi 18 juin 2013
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Je suis toujours surpris
d’entendre les anciens sportifs de haut niveau devenus commentateurs pour la télévision adopter sans ciller la langue des journalistes, reprendre à leur compte toutes ces formules creuses, cette
phraséologie idiote et redondante, comme si leur expérience de la discipline tant d’années durant n’avait pas développé une conscience plus aiguë de celle-ci ni une langue propre, une langue de
terrain. De quoi le sport est-il la pantomime ? Qu’est-ce que ce théâtre muet ?
Il existe donc désormais un
traitement pour réveiller aussi la libido féminine. Si toutefois vous avez prévu autre chose pour la soirée, il est toujours possible de dissoudre ensemble votre Viagra et son Lybrido et de les
laisser batifoler ensemble dans le shaker.
Après des semaines de dérive sur
un radeau affrontées avec vaillance, il céda au désespoir en posant le pied sur le plancher des vaches : du parquet flottant !
Par Éric Chevillard
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Lundi 17 juin 2013
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L’écrivain ne peut être que
péremptoire ; chacune de ses phrases est une assertion, une déclaration solennelle, une sentence. Dans le désert où il prêche aujourd’hui, c’est évidemment assez ridicule. Petit général
cramoisi hurlant ses ordres à une armée de soldats morts.
Tout ce qu’elle a pu brouter sans
prendre un gramme ! Et cependant l’homme ne désespère toujours pas d’engraisser sa faucille.
Rokiatou, mon amie touareg, a
donné à ses filles Tassa et Aïcha le nom d’usage (wallet, « fille de » en tamasheq, suivi du patronyme paternel), auquel elle a ajouté
celui de sa tribu, comme ça, me dit-elle, elles ne se perdront pas.
Par Éric Chevillard
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Dimanche 16 juin 2013
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Les jeunes filles délaissant les
livres à leur tour, je n’ai qu’une crainte : qu’il incombe désormais aux quasi-quinquagénaires mâles de lire à leur place Belle du
Seigneur.
Bien sûr que l’autruche sait
voler ; elle attend juste d’être au bout de la piste pour décoller.
La vie de l’huître nous
déconcerte un peu – pas tant qu’on ne la puisse gober.
Par Éric Chevillard
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Samedi 15 juin 2013
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SUZIE – Les mouches, ça pique
pas ?
MOI – Non.
SUZIE– Donc je peux les
caresser ?
Il a écrit toute sa vie, du matin
au soir et la nuit encore, cinquante années durant ; or, dans sa production, PAS UNE SEULE MENTION DE LA MANGOUSTE ! Est-ce bien sérieux ? Franchement ?
AGATHE – Pourquoi on appelle
canard le sucre trempé dans le café ?
MOI – Sans doute parce que les
canards aussi aiment plonger.
AGATHE – Alors ce serait mieux
encore de dire grenouille.
Par Éric Chevillard
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