Mercredi 23 avril 2014 3 23 /04 /Avr /2014 00:29

Sur la passerelle de bois qui nous y conduit, je parcours les pages de mon guide consacrées à la tour de Belém. Très vite cependant, j’interromps ma lecture. Je n’ai pas besoin d’en oublier davantage.

 


Puis nous empruntons évidemment un petit escalier à vis, étroit comme si la capitainerie du port avait été confiée par privilège à un chat mal nourri, jusqu’à la terrasse supérieure où nous attend, outre le paysage que nous avons pu contempler aussi bien depuis les paliers intermédiaires, une longue file de visiteurs enroulée sur elle-même, comme moulée par l’ascension, qui guette avec impatience le moment où se libérera l’accès à l’escalier pour s’y couler à nouveau et redescendre enfin. Où se vérifie que le tourisme est bien une forme de transit.

 


J’ai compté 807 petits pavés de 5 cm de côté sur le trottoir de ma rue, puis je me suis arrêté. Lisbonne était vaste encore.

 

 

 

[Publication imprévisible ces prochains jours ; je m’enfonce dans les terres sauvages de la Connexion Incertaine.]

Par Éric Chevillard
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Mardi 22 avril 2014 2 22 /04 /Avr /2014 00:16

Ne me dis pas que tu as mangé de la morue en écoutant du fado ? – Et comment ! Et remettez-moi ça ! Et pour finir, je prendrai des pastéis de nata. – Non ?! – Si ! – Et circulé dans le petit tramway jaune à wagon unique de la ligne 28 ? – Je vais me gêner !

 


Attends, tu ne t’es tout de même pas fait photographier à la table de Pessoa, devant le café A Brasileira où il avait ses habitudes ? – C’est lui-même qui m’a invité à m’asseoir !

 


 

Mais je ne suis pas le genre de gogo que l’on verra emprunter l’Elevador de Santa Justa, cette absurde machine ! C’est ne pas savoir voyager, et pas plus que je ne tomberai dans ce panneau de l’industrie touristique locale, je ne me hisserai sur son belvédère, à 45m d’altitude, mon orgueil me l’interdit ! – C’est l’autre nom de ton vertige ?

Par Éric Chevillard
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Lundi 21 avril 2014 1 21 /04 /Avr /2014 00:40

Il y a toujours un passage, un escalier, une tortueuse ruelle, un beco par lesquels Lisbonne échappe au touriste et se dérobe, au moment même où il croyait enfin avoir mis le pied dessus.

 


Mais le plus stupéfiant, dans cette ville, reste cette grouillante population de raies, de requins, de poulpes et de poissons-lunes, si je me fonde du moins sur ce que j’ai pu voir dans le quartier de l’Oceanário où j’ai même croisé un hippocampe feuillu !

 


 

Même des océanariums fabuleux, au bout d’un moment, les fillettes se lassent. Bougonnent et traînent la patte devant toutes ces sardines versicolores et ces dragons terrifiants. Puis tout à coup, les voici fascinées devant la vitre d’un aquarium large comme une télé : des poissons-clowns, Nemo… enfin un dessin animé !

Par Éric Chevillard
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Dimanche 20 avril 2014 7 20 /04 /Avr /2014 00:45

Agathe prend l’avion pour la première fois. Par le hublot, nous lui montrons la terre qui s’éloigne, la mer de nuages. Elle partage un moment notre extase puis, après quelques minutes, en attrapant sa trousse de feutres : – Bon, maintenant, on n’est plus trop obligés de regarder !

 


Nous prenons des risques insensés à des altitudes délirantes, dans de fragiles et peu fiables avions, tandis que nos bagages effectuent le même voyage en toute sécurité par tapis roulant !

 


 

J’ouvre les yeux. Vous avez vu ça : je suis à Lisbonne !

Par Éric Chevillard
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Samedi 19 avril 2014 6 19 /04 /Avr /2014 00:10

La phobie sociale a ses bons côtés. Celui qui en souffre et qui devait, pour telle ou telle raison, être un jour fêté, éprouve en cas d’annulation de l’événement un soulagement exactement à la hauteur de sa déconvenue.

 


La littérature sans effets m’ennuie de plus en plus et me paraît à peu près aussi nulle que n’importe quelle prose administrative. L’effet n’est pas un artifice, le style est une langue impérieuse. Le texte dans lequel ne se produit aucun phénomène qui ne pourrait aussi bien se produire dans l’usage commun de la langue ne relève pas de la littérature à mes yeux.

 


 

Tout a été dit. Je tiens la chose d’un perroquet.

Par Éric Chevillard
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