La décision du gouvernement américain d’expulser tous les obèses du pays est devenue effective aujourd’hui. Pour l’heure, des millions de citoyens bannis prennent la route de l’exil ou
dérivent sur des embarcations de fortune dans la baie de New York et au large de la côte Ouest. Des camps provisoires ont été installés dans les zones frontalières, aucun état ne se déclarant
prêt à accueillir une telle masse de proscrits.
Les secours internationaux peinent à s’organiser, les stocks d’aide alimentaire des principales associations humanitaires ayant été absorbés dès le premier service de repas. Malgré un bel élan
mondial de solidarité, les besoins urgents en chips et sodas sont loin de pouvoir être assurés.
L’idée de reloger une partie de cette population dans les palais désaffectés de Venise a été finalement écartée en raison des risques d’enlisement de la cité des Doges. Les géologues ont
d’ailleurs enregistré de très inquiétants mouvements de l’écorce terrestre depuis le commencement de cet exode et certains redoutent à présent que notre globe désaxé ne dévie de son orbite. A la
lueur de ces événements, il se confirme donc que les fragiles équilibres mondiaux demeurent assujettis aux choix politiques des Etats-Unis.
par Éric Chevillard
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Dans les quinze poches de la veste du baroudeur, sous les comprimés, les crèmes, les lames, les barres énergétiques et les élastiques, se pelotonne le corps aguerri du Massaï.
Nous ignorons désormais la longueur de temps de la distance, la rudesse de l’étape, la fatigue des membres, toutes conditions pourtant du dépaysement et de l’expérience – notre valise à
roulettes nous promène à travers villes, plaines et vallées, comme si nous n’étions pas descendus de l’avion.
Mais l’écrivain voyageur voyage en effet, de festival Etonnants Voyageurs en festival Etonnants Voyageurs.
par Éric Chevillard
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La chèvre trouve toujours sous ses sabots le sentier le plus rocailleux ; en fait de pelage un cilice lui pousse naturellement sur le corps ; son ordinaire se compose d’un
buisson épineux ou d’un chardon. C’est à cette écorchée vive que Dieu pour toute volupté a donné le goût de lécher du sel.
Mon avion s’est écrasé. Heureusement je n’étais pas en dessous.
Lancé dans les airs, le livre déploie une paire d’ailes insoupçonnées et l’on devine alors qu’il attendait depuis toujours sur son rayonnage l’occasion de s’essorer à nouveau dans le ciel
infiniment ouvert des vastes conceptions où il fut criblé de plomb jadis, lorsqu’il n’était encore qu’une idée volatile.
par Éric Chevillard
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Mes amis m’offrent leurs livres et leurs confitures ; puis ils attendent mes commentaires ; en sorte que je passe mes journées à lire en mangeant des tartines. Jamais on ne vit obèse
emmiellé si fin lettré que moi.
Je renonce à comprendre, ma barbe n’a que trois jours et déjà elle blanchit.
Comme nulle buée ne troublait la surface du miroir que j’avais approché de ses lèvres, j’en conclus qu’elle retenait sa respiration pour ne pas voiler son reflet, et que donc la vaniteuse
coquette vivait encore.
par Éric Chevillard
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Il y a toujours un ancien encore en activité qui raconte les usages, pratiques, techniques et façons d’autrefois, puis finit par se retirer, remplacé par son suivant en âge qui tient le
rôle un moment puis le cède à son tour, si bien que l’on verra sous peu les natifs des années 60 accéder à ce respectable statut et parler alors des presses à bras ou des machines à vapeur avec
des tournures d’argot 1900 et l’accent affiné en cave des gaziers de la vieille école qui ne salopaient pas l’ouvrage.
Soudain, vous êtes défini par la maladie. Votre photo d’identité fait une tête d’épingle à la radiographie de votre sarcome.
Ne comptez pas sur le brave chapelier pour vous distraire de la pensée des catacombes.
par Éric Chevillard
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J’entendis les ombres débattre entre elles de ces formes debout à leurs pieds qui reproduisent grossièrement en trois dimensions leurs contours et leurs gestes. Certaines voulaient y voir
un phénomène physique d’agrégation moléculaire et les autres une pure illusion.
Un film n’est jamais qu’un livre feuilleté trop rapidement dans le noir.
Son apport à la peinture demeure assez mince mais, tout de même, il aura fait sauter quelques verrous en prenant pour sujets de ses natures mortes des chevaux au galop et des
baigneuses.
par Éric Chevillard
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Les inventions humaines les plus pacifiques se trouvent rapidement détournées de leur vocation première et mises comme toutes les autres au service de notre passion de la guerre et du
combat. C’est ainsi que le gant de boxe fut conçu à l’origine comme une manière de petit sac de couchage où dormir à poings fermés.
Jean-Louis Ezine se reconnaît finalement quelques torts dans sa chronique d’hier. Ce n’est certes pas de l’autocritique à coups de sabre japonais, mais enfin, il me témoigne ses regrets et, dans
un courrier, me présente même ses excuses que j’accepte car mon cœur est miséricordieux et la vanité de nos anicroches ici-bas incommensurable.
http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/toutarrive/fiche.php?diffusion_id=59885
Deux types sont ligotés côte à côte sur une voie ferrée. Un train arrive sur eux, lancé à grande vitesse. Alors l’un des types tourne la tête vers l’autre et lui crie dans l’oreille –
on en rira dans quelques années !
par Éric Chevillard
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Je l’attends avec une brique au coin d’une ruelle obscure. Cette fois, je vous jure que mon dentiste n’aura pas le dessus.
Non, tu ne constitues pas une œuvre en ramassant des bois flottés qui ont vaguement forme d’idoles ou de lutins, tu nettoies la plage.
Il faut que je meure maintenant si je veux que l’on parle de moi comme d’un météore des Lettres. Je n’ai plus beaucoup de temps. Demain il sera trop tard. C’est un choix à faire. Je me
tâte.
par Éric Chevillard
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Notre souverain n’aime pas déléguer. Il abat lui-même la besogne de ses ministres et de son bouffon.
Une main sort de la poche du gorille. C’est la tarentule.
On prétend que les canons de la beauté féminine changent selon les époques et qu’il en va de même du goût des hommes, j’attends donc patiemment depuis cinquante ans que cette évolution me soit
favorable... Or quelque chose me dit que mon jour est enfin venu, ne croyez-vous pas ? me glissa cette grosse dame à moustache avec une œillade engageante. Demain peut-être, oui,
certainement, répondis-je en prenant la fuite.
par Éric Chevillard
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Ils consultent incessamment leur téléphone portable comme si devait s’afficher sur son petit écran la nouvelle qui changera leur vie tandis qu’au contraire celui-ci leur confirme sans
relâche que toutes les issues du piège sont verrouillées.
Il a sombré dans l’alcool, mais non par vice ou par faiblesse – j’ai heurté un glaçon qui dérivait dans mon whisky.
quitte sa chemise à carreaux
pour une chemise à jabot
puis Alcide scieur de long
découpe dans l’arbre un violon
par Éric Chevillard
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