Mercredi 19 décembre 2007
Tandis que les joueurs de tennis professionnels se retirent pantelants des courts à peine âgés de 30 ans, j’ai encore sensiblement amélioré mon jeu ce week-end, à 43 ans, après une
trentaine d’années de pratique régulière, en modifiant légèrement ma prise de raquette (je la tenais par le tamis). Au vu de ces progrès fulgurants, on ne devrait pas tarder à entendre parler de
moi sur le circuit.
Violence est faite aux arbres jour après jour par le fer et le feu ; alors bien sûr, de temps en temps, ils pendent un homme.
La salière et la poivrière, figurines de mariés d’une pièce montée immangeable s’acheminant déjà vers le divorce.
par Éric Chevillard
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Et alors ? Pourquoi ces airs surpris ? Quoi de plus banal pourtant qu’un manipulateur tenant un mannequin par le bras dans une parade de Mickey ?
Je n’étais pas très satisfait de ce qui venait sous ma plume, aussi écrivis-je attention ! là ! derrière vous... ! et, comme le lecteur se retournait, j’en profitai pour
achever dans son dos mon misérable récit.
La martre est un mammifère voisin de la zibeline voisine de la fouine voisine de l’hermine voisine de la belette invitée ce soir avec les autres par son voisin le renard à un repas de
quartier.
par Éric Chevillard
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Je gagnai le bord de la falaise, résolu à me jeter dans le vide. En me penchant toutefois, j’aperçus deux enfants qui non seulement ne gisaient pas affreusement disloqués sur les rochers
mais pêchaient en riant des crevettes dans les trous d’eau. On ne meurt donc point en bas, me dis-je et je renonçai à sauter.
Quelle immodestie, ces ouvriers du bâtiment ! Un seul maçon fait davantage de bruit que cent écrivains au travail dont chacun cherche pourtant à attirer sur lui l’attention.
Narcisse se crut soudain frappé de cécité ; hagard, il allait par les rues en tâtonnant. Les médecins consultés n’y comprenaient rien. C’est une grenouille qui diagnostiqua le mal – il
n’y a plus d’eau dans la fontaine, dit-elle.
par Éric Chevillard
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Dimanche 16 décembre 2007
Ruinés par la faillite de nos entreprises, nous avons dû revendre le manoir familial et emménager dans un logement plus conforme à nos nouveaux moyens. Ce sera l’arrière-cuisine, décréta
mon épouse lorsque nous pénétrâmes dans la première pièce sur les pas de l’agent immobilier. De celle-ci, je ferai ma salle d’armes, dis-je à mon tour en passant dans la suivante. Et voici la
buanderie, décida-t-elle en poussant une autre porte. Puis nous nous tournâmes vers l’agent immobilier afin de poursuivre la visite des communs. Il eût alors ces mots incompréhensibles – ceci
est un F3, messieurs-dames, vous avez aussi accès au local à vélos de la copropriété.
Imaginez Beethoven aveugle, quel merveilleux peintre il aurait fait !
Très amusant. D’un autre côté, il faut le reconnaître, nous sommes un peu las des blagues relatives à la surdité de Beethoven.
par Éric Chevillard
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Certains se demandent si les totems et les masques africains sont bien à leur place dans nos intérieurs bourgeois. Je le crois, oui. Soudain nous nous figeons, surpris par leur regard
rond dans notre avachissement domestique, au milieu d’une conversation niaise, d’un repas trop chargé, d’une colère futile. Les féticheurs ont placé délibérément chez nous ces juges narquois et
dédaigneux.
Suite à un violent conflit avec sa fille de neuf mois, il a définitivement quitté le domicile familial.
Pour paraître plus jeune, je laisse astucieusement pousser pendant quelques jours une barbe qui dissimule les plis de mon visage fatigué, mais cette barbe se piquette de poils gris et pour
paraître plus jeune alors astucieusement je la rase.
par Éric Chevillard
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Vendredi 14 décembre 2007
On ignore souvent que Picasso à la fin de sa vie eut la tentation de devenir faux-monnayeur. Il s’y essaya mais renonça bien vite devant son manque évident de dispositions : à chaque
fois qu’il tentait d’écouler un de ses billets de 10 francs, on lui remettait en échange pour 500 000 francs de marchandise.
Ce n’est pas parce que je n’ai jamais eu pour idole un de ces enfants maigres et frisés à la voix de chat ou de loup mort d’une overdose à 25 ans après avoir enregistré avec les autres rebelles
anglophones de son groupe au nom ridicule deux ou trois albums entièrement pompés sur un générateur d’électricité que je resterai une seconde de plus dans votre salle communale à écouter ce
nonagénaire réciter des rimiaux d’Anjou.
La mort peut bien me prendre, que m’importe ? De toute façon, le monde sans moi ne m’intéresserait pas.
par Éric Chevillard
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dans la chambre de ma bonne
j’écris ces vers inspirés
tandis qu’en bas celle-ci savonne
mes trois cent mètres carrés
Nous étions deux qui aimions Anne, quatre qui aimions Florence, trois qui aimions Susan ; afin de ne pas humilier mes rivaux, je me retirai à chaque fois de la compétition pour aller
parfaire dans la forêt la plus proche cette imitation du brame du cerf qui me vaut de si beaux succès en société.
Un oubli ? Un manque de temps ? Il s’agit vraisemblablement de l’une de ces deux raisons. Car comment expliquer que notre invitation à intégrer la prochaine édition du WHO’S WHO IN
FRANCE soit restée lettre morte à ce jour ?
par Éric Chevillard
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Mercredi 12 décembre 2007
Un homme a été tué accidentellement hier dans la forêt des Charmes par son compagnon de chasse. Triste histoire, bien sûr, et que nous déplorons, mais ces prélèvements
sont indispensables à la régulation de l’espèce.
Nous croyons être appréciés pour nos belles qualités, ou méprisés à cause de celles-ci encore. Mais nous avons d’autres existences que nous ne soupçonnons pas. Ainsi ce passant à courte barbe
grise et lunettes, dépourvu de cou mais porteur en toute saison d’un parapluie qui lui en tient lieu, je suppose, et devant lequel je surgis chaque matin à la même heure en ouvrant ma porte, ce
passant, donc, quand par extraordinaire notre rencontre se produit alors que je marche déjà dans la rue, je le vois qui accélère le pas, conscient soudain de son léger retard. Pour cet homme, que
suis-je d’autre en effet qu’un coucou suisse assez fiable ?
Eh bien non, moi je ne rends pas leur sourire aux jeunes parents qui, dans les trains, prennent les voyageurs à témoin de leur bonheur en soulevant à bout de bras un poupon hurleur et
cramoisi dans sa housse. Ce n’est pas tant que j’ai le cœur sec. C’est surtout que j’ai l’ouïe fine.
par Éric Chevillard
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Personne ne va vous acheter vos ballons s’ils ne volent pas, fis-je observer à cette dame qui promenait en laisse une grappe de petits chiens blancs. Elle me regarda d’un air si consterné
que ma présence sur la Terre m’apparut soudain à moi-même scandaleusement incongrue et que je m’éloignai en lui promettant que dans cinquante ans au plus tard nous en serions délivrés.
Affamés, miséreux, les trois amis jetèrent ensemble aux orties leur froc de probité candide, bien décidés à se payer sur cette sale bête de société eux aussi. Le premier, qui était acrobate,
s’introduisit dans une banque par les toits ; le deuxième, qui était fondeur, confectionna de faux bijoux ; et le troisième, qui était poète, mit ses vers bout à bout pour en faire un
roman.
Don Juan aima encore l’infirmière de l’unité de soins palliatifs, puis la thanatopractrice, puis les pleureuses, puis il reposa en paix.
par Éric Chevillard
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À ma sortie de prison, je restai longtemps incapable de me mouvoir au-delà d’un périmètre équivalent aux limites de ma cellule et c’est donc sur ce territoire de 5 m2 que j’ai
repris comme devant mon existence aventurière et vagabonde de voleur de grands chemins.
Ce jeune garçon n’a aucune envie de lire le gros roman inscrit au programme de son cours de français. Flaubert d’ailleurs ne lui a rien demandé. Quant à Emma, lasse de son rôle, afin de
complaire surtout à ce monde décidément dépourvu de passion, elle est résolue cette fois à avaler la dose d’arsenic fatale dès son entrée en scène, dans sa robe de mérinos bleu garnie de trois
volants.
Leurré par la banquise en polystyrène de la devanture, un ours polaire a fait douze victimes samedi parmi les pingouins qui vaquaient à leurs achats de Noël dans cette boutique chic du
XVIème arrondissement.
par Éric Chevillard
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