Je décris mon mal en faisant usage des termes médicaux appropriés, mais le médecin semble passablement agacé par ma maîtrise de sa langue en quoi consistait sans doute tout le soin qu’il
comptait me prodiguer.
Ce sont les femmes qui font les succès de librairie. Leurs goûts les portent vers les romans policiers écrits par de vieilles Anglo-saxonnes et les romans pleins d’émotion et de vraie vie
produits localement. Pendant ce temps-là les hommes, qui ne sont pas tombés aussi bas, se passionnent pour le fric et le foot.
Cette page quotidienne rencontre un succès qui me vexe. Voudrait-on perfidement me faire savoir que mes travaux d’écritures ne sont lisibles qu’à dose homéopathique ?
par Éric Chevillard
0
recommander
Le gai rossignol dans la haie importunerait-il le voisin qui braille derrière ?
Tout le jour, le monde se tord en convulsions dans la succession des désastres. Que se passe-t-il pourtant de pire durant la nuit ? Quelle impitoyable battue ? Au matin, une larme perle
à la pointe de chaque brin d’herbe.
Jadis, les vêtements du mort habillaient l’épouvantail. Grand-père les bras en croix veillait quelques années encore sur son blé, son ombre embrassait le champ et le pain était cuit avec la
bénédiction que son pouce signait autrefois sur la miche.
par Éric Chevillard
0
recommander
Toute la famille est à vélo, mais la côte est rude. Le père accélère, pédalée vigoureuse, il lâche sans difficulté ni scrupule son fils obèse qui tente désespérément de le suivre. La mère et
la fille n’insistent pas, elles poursuivent l’ascension en marchant à côté de leurs bicyclettes. Puis le gros garçon essoufflé, à bout de forces, soudain me voit. Moi, assis sur le talus, qui
assiste à ses efforts pathétiques et vains pour rejoindre la brute échappée. Alors il met pied à terre et, se retournant, lance à sa mère et à sa sœur – Bon, alors, vous venez ou
quoi ? !
On peut être casanier et voyager fort loin dans cette galerie de taupe.
le gros célibataire
ingère
les deux moitiés de son dessert
par Éric Chevillard
0
recommander
Cultivez-vous la vie, l’inscription court en grosses lettres et gros sabots sur le mur du rayon Librairie des supermarchés Carrefour. De toute évidence, nous
ne sommes pas au bout de nos peines.
Je prends des leçons d’esquive auprès d’une anguille de vase. Élève assidu, appliqué. Je répète à la maison les exercices du cours. Malgré quoi je ne parviens pas à passer complètement à côté de
mon époque.
En se rengorgeant, elle parle à sa commère du fils d’une de ses amies qui fait Sciences-Po.
par Éric Chevillard
0
recommander
Passe une femme avec toutes ses complications de sac, foulard, bracelets, cheveux, manteau, ses bottes trottent et son parfum est encore un ruban qui flotte – admirable, mais qui est-elle,
sous la femme ?
Il n’ôte ses pouces de ses oreilles que lorsque Mozart entre dans la pièce.
Bah ! l'humanité me dégoûte, surtout les misanthropes.
par Éric Chevillard
0
recommander
Nous ne nous connaissons pas comme masse, comme corps, le miroir ne nous dit rien de son volume, de ses profils, nous ne savons pas quel effet produit notre présence dans le groupe, quel
encombrement, comment nous occupons l’espace. Regard flottant, sensation de pesanteur, nous ne sommes que cela, moins réels que l’araignée sur le mur, si petite mais entière, nous ignorons même
comment nos yeux bougent – et notre claire conscience si prompte à appréhender autrui et l’alentour pourra nous confondre dans le square avec le buste de l’illustre inconnu sur sa colonne.
de l’air de l’air
ôtons
nos chairs
Avec un peu de chance je n’aurai pas à me faire refaire les dents, jamais, ni même peut-être à changer ma machine à laver, mais c’est-à-dire seulement si je tiens avec ce matériel jusqu’à ma mort
et que celle-ci donc ne se produit pas trop tard.
par Éric Chevillard
0
recommander
Oh ! c’est comme si toutes les lettres patiemment assemblées qui forment notre littérature soudain se délitaient et que toute cette encre démontée déferlait sur nos jours, saccageant
nos fragiles beautés, achevant le tremblant espoir, ulcérant les cœurs nobles, ruinant la possibilité même de l’amour, et nos jours désormais ne seront plus que plaintes amères et cris
discordants !
Oh ! quelle souffrance ! quelle pitié ! Cette prose lourde, grumeleuse, encombrée, et qui ne prend pas : on dirait que chaque mot a raté son créneau dans la phrase !
Oh ! comme nous sommes malheureux ! comme tout grince et grimace ! comme nous errons, éperdus, dans les labyrinthes du non-sens, comme les marais nous happent, et tous ces
embarras, ces empêchements inédits ! Oh ! mes amis, aimons-nous fort, touchons-nous, pleurons ensemble : Alexandre Jardin publie un nouveau livre !
par Éric Chevillard
0
recommander
Enfin je comprends à quoi sert ce levier ! m’écriais-je naïvement en soulevant sa jupe.
Le sexe pratiqué en dehors du souci de procréation est un péché pour les chrétiens les plus rigoureux qui ne regardent donc jamais un film pornographique sans s’infliger aussitôt après dans la
douleur un documentaire interminable consacré à l’obstétrique.
Une coccinelle se pose sur le doigt de ma compagne qui la chasse gentiment avec son petit pinceau – tu sais pourtant bien que tu n’as pas le droit au vernis à ongles, tu es tombée dedans
quand tu étais petite.
par Éric Chevillard
0
recommander
La flamme du Tibétain inconnu sera portée en gloire aujourd’hui place de l’Étoile et dans les rues de Paris par nos plus véloces athlètes. L’hommage me paraît opportun et j'avoue que
je ne comprends pas ce qui motive toutes ces protestations indignées.
Derrière la grille en fer forgé de cette petite propriété résidentielle, une haie rébarbative, un roquet déchaîné, en un mot, le bonheur.
Un public ignare se gausse du tableau que j’ai peint avec la brosse de mon sourcil afin de pénétrer les confuses pensées du sanglier.
par Éric Chevillard
0
recommander
Sur les bords inférieurs et supérieurs des paupières, nous appelons cils l’effilochage d’une couture rompue : ce monde n’est pas fait pour nos yeux.
C’est bien agréable, un baiser, de là à introduire sa langue entre les deux lèvres de l’étau...
au moins suis-je sûr d’être le père
de mon ulcère
dit le gros célibataire
par Éric Chevillard
0
recommander