Mardi 11 novembre 2014 2 11 /11 /Nov /2014 00:03

Tant de livres qui voudraient passer pour de beaux chevaux puissants, bien nourris, bien hydratés, et qui ne sont que des rosses efflanquées portant sur leurs flancs un panier d’avoine et un bidon d’eau.

 


Entre ses seins splendides, danse une petite croix d’or. Jamais ne fut plus cruel pour le crucifié le supplice de ses mains clouées.

 


 

Vais-je écrire maintenant un roman kafkaïen ou un roman dostoïevskien ? J’hésite.

Par Éric Chevillard
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Lundi 10 novembre 2014 1 10 /11 /Nov /2014 00:04

Sur la peau tendre de son poignet, là même où elle avait enfoncé une lame pour mourir, elle essaye aujourd’hui des parfums.

 


L’escalier tourne en rond sur ses arêtes.

 


 

Je traversai dédaigneusement la plage nudiste pour aller m’allonger au grand soleil, avec mon bagage plus léger encore, sur la plage nihiliste.

Par Éric Chevillard
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Dimanche 9 novembre 2014 7 09 /11 /Nov /2014 00:11

Les timides sont injustement tenus pour des lâches alors que, bien au contraire, du fait de leur timidité, ils doivent en permanence faire preuve de courage, de vaillance et même de bravoure. Les autres ne montrent éventuellement ces qualités qu’en de rares occasions, quand un ours les attaque, quand l’ennemi est en surnombre. Pour le timide, cela est toujours vrai, des ours en surnombre l’attaquent.

 


En frottant deux mots comme deux silex, on peut pareillement produire des étincelles et cuire son repas du même coup. On ne me croit pas ? Eh bien, la preuve : poulet rôti.

 


Colombe secoue son fils Paul, 7 ans, il est l’heure de se réveiller.

– Attends, maman, c’est presque fini…

Et il retourne dans le sommeil achever son rêve merveilleux.

Par Éric Chevillard
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Samedi 8 novembre 2014 6 08 /11 /Nov /2014 01:07

Les sept nains fabriquent pour Blanche-Neige un cercueil de verre « où on pouvait la voir de tous les côtés », est-il écrit dans le conte, mais les frères Grimm commettent ici la méprise classique : ils écrivent verre pour vair, qui est une fourrure d’écureuil. Il y a donc dans leur histoire une fâcheuse incohérence : comment pouvait-on voir de tous les côtés Blanche-Neige dans son cercueil de fourrure ? Comment le prince de passage put-il s’éprendre d’elle ? La vérité bien amère est qu’elle se décomposa horriblement dans l’obscurité de sa bière comme tout le monde.

 

SUZIE – Je vais te raconter une histoire du petit chaperon rouge qu’on connaît pas.

MOI – Enfin !

 

 

D’un autre côté, j’ai ce même miroir depuis plus de vingt ans. Cela ne saurait être tout à fait étranger à la dégradation de mon image. Je refuse de porter seul le chapeau.

Par Éric Chevillard
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Vendredi 7 novembre 2014 5 07 /11 /Nov /2014 00:02

Il a fallu la jouer très fine. Car, avouons-le, c’était mal engagé. Le tocard était donné gagnant à cent contre un. J’ai dû intriguer et mettre tout mon poids dans la balance. Use de la menace, use de la prière, conseillait Jean Genet. C’est donc ce que j’ai fait, ici même, le 30 octobre.

 


Mais cette fois, j’ai joué le coup tout seul. Refusé le renfort de Leonard, Roger, Cécilia, Pierre et Jean-Pierre. Thanks guys, mais c’est mon affaire, ai-je murmuré entre mes dents sans laisser tomber mon couteau. Et j’ai usé de la menace (nous vous regardons !), j’ai usé de la prière, ou plutôt de la flatterie en faisant miroiter aux jurés mille félicités (les lauriers de la juste victoire !), tout en leur laissant croire évidemment, pour ne pas blesser leur amour-propre, qu’ils décidaient de tout et que je n’avais pas voix au chapitre (petite ruse cousue de fil blanc qui a pourtant fonctionné à merveille).

 


 

Et c’est ainsi, sur la scène parisienne, que je fais et défais à ma guise les prix littéraires.

Par Éric Chevillard
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