Mercredi 1 mai 2013
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Les Blancs ont tout découvert, en
effet, il serait vain de le nier, précédés à chaque fois par un homme de couleur qui leur ouvrait la route à la machette.
Si je prends un recul suffisant,
l’éléphant me paraît de la taille d’une fourmi. Or j’ai beau m’approcher tout près de la fourmi, elle ne grossit pas tant que l’éléphant. Et je me demande qui, de la logique ou de la justice, est
la plus lésée dans l’affaire.
Tant d’arts martiaux contre une
seule paire de couilles !
Par Éric Chevillard
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Mardi 30 avril 2013
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Vous achetez un seau de plage
pour votre enfant ; il vous est vendu dans un filet garni aussi d’une pelle – bien utile –, d’un râteau – un peu moins – et d’un tamis – qui ne servira jamais.
Le seau finira par se percer, la
pelle par se perdre, le râteau aussi (un peu moins). Reste le tamis. Ou plutôt les tamis. Car vous avez racheté et racheté encore pour votre enfant, ses frères, ses sœurs, d’autres petits
nécessaires de plage qui se sont cassés ou perdus irrémédiablement, à l’exception donc des tamis. Après quelques années, vous en possédez un nombre incalculable. Ils envahissent votre jardin,
votre maison. Il y en a dans vos placards, dans vos tiroirs. Il y en a partout.
Impérativement et dès
aujourd’hui, il convient de cesser la fabrication des tamis de plage, je le dis avec le plus grand sérieux et même une certaine solennité. Parmi les scénarios possibles de l’apocalypse, il se
pourrait bien que nous ayons négligé le plus menaçant.
Par Éric Chevillard
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Lundi 29 avril 2013
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/2013 00:03
Bonne nouvelle : le
creative writing arrive en France. Dans quelques années, donc, nous n’aurons plus que des romans choraux ainsi façonnés : une poignée de
personnages distribués selon le découpage en chapitres (ch.1 Évariste, ch.2 Jeanne, ch.3 Pedro, ch.4 France, ch.5 Évariste, etc.) et dont les trajectoires évidemment se croiseront au cours de
l’histoire, laquelle articulera de façon inattendue deux phénomènes de société très actuels et a priori sans rapport (pédophilie et évasion fiscale, par exemple, célibat paysan et tueurs de
masse, ou encore obésité et histoire coloniale).
(Les pages de ces livres
passionnants tourneront toutes seules – l’heureux lecteur pourra donc en profiter pour vaquer à autre chose.)
Tandis que Dali peignait avec ses
moustaches.
Par Éric Chevillard
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Dimanche 28 avril 2013
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/2013 00:23
Parce que Manhattan depuis le Brooklyn Bridge,
je l’ai vu, moi, et certes c’est impressionnant, le financial district, et pourtant, en même temps, aussi, ce n’est que ça, quelques pâtés restés bien droits sur la plage une fois le seau retiré,
on voit comme c’est humain, friable, mortel, qu’un bon coup de mer là-dessus, une déferlante sévère et on n’en parle plus.
Le cinéma burlesque a cruellement pâti au
siècle dernier de la stérilité créative des Freud Brothers.
Les romanciers à succès prétendent qu’il n’y a
pas de recette, mais je vais tenter un truc cette fois avec juste de la farine, du sel, de l’eau et du levain.
Par Éric Chevillard
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Samedi 27 avril 2013
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/2013 00:08
Elle a un rire de vieille pute.
J’ai regret à le dire, d’une part, parce que je n’ai rien contre les vieilles putes que j’appelle plutôt, avec tout mon respect et une bonne moitié de mon vocabulaire, des péripatéticiennes sur
le retour ; d’autre part, parce que je suis bien sûr que certaines de ces prostituées du troisième âge ont un rire tout à fait charmant et semblable même au trille du rossignol
amoureux ; et enfin, et surtout, parce qu’elle ne m’inspire elle-même que de nobles sentiments et la plus haute considération ; mais enfin, c’est ainsi et je n’y peux rien, elle a un
rire de vieille pute.
Comme je huais l’ordre établi et
les forces de police en m’abritant derrière un tas de pavés, je sentis que l’on s’activait dans mon dos : mes filles édifiaient une barricade pour défier mon autorité.
Puis le canari dans sa cage cesse
de chanter – il vient de comprendre qu’il n’est pas le geôlier.
Par Éric Chevillard
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