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Published on by Eric Chevillard

Est-ce un fourvoiement, une perversion peut-être même de l’intelligence ou le froid délibéré de ses cogitations ? Il nous paraît parfois que la vie, non seulement est dénuée de sens, mais que la conscience humaine accidentellement éclose au milieu de cette aberration ne peut qu’en enregistrer douloureusement l’absurdité en assistant à la lente agonie du corps qui l’abrite, en proie à des maux humiliants, et à celle du monde même où ce corps chancelle, promis lui aussi à l’éparpillement.

S’ensuit une sorte de détachement, comme si l’esprit s’élevait au-dessus de ces tourments de la matière et, non concerné faute de prise, s’en désintéressait complètement.

Or ce sont des moments où l’on meurt en somme, où l’on consentirait à mourir du moins, où l’on quitte effectivement ce monde, sans regrets, comme si réellement rien ne s’était passé, avec tout de même les crampes et la fatigue qui attestent une pénible et vaine agitation, avec toutes les ampoules de notre lucidité survoltée qui claquent une à une et l’hébétude finale pour terme et résultat et dénouement de son enquête.