Mercredi 7 janvier 2015 3 07 /01 /Jan /2015 00:05

Cette année, j’aurai 51 ans, âge auquel sont morts Molière, Balzac, Rilke, Proust et Artaud. Je vais devoir choisir entre la peur et la modestie.

 


Mais, qu’est-ce que tu croyais, la cigarette après l’amour se consume aussi.

 


 

Nous voudrions parvenir au bonheur par le jeu des équilibres et des compensations. Que les vides de notre vie soient comblés par les pleins et les creux de la dépression par les pics de l’euphorie, que nos réussites vengent nos échecs et nos victoires nos défaites, que nos qualités annulent nos défauts, que nos privilèges lissent nos handicaps. Mais ça ne marche pas comme ça. Tout cela coexiste. Tout s’additionne, l’actif et le passif : nous sommes simultanément riches et faillis.

Par Éric Chevillard
Voir les 0 commentaires
Mardi 6 janvier 2015 2 06 /01 /Jan /2015 00:01

Lorsque je vois une belle fille s’avancer en souriant vers un homme, je me place stratégiquement derrière lui, ayant remarqué que les regards énamourés des femmes en pareil cas s’adressent le plus souvent, non pas au type vers qui elles semblent se diriger, mais à un autre dans son dos et j’aimerais être pour une fois celui qui profite de cette humiliante méprise et cueille le baiser délicieux.

 


Je joue de malchance avec mes ennemis : par un hasard déplorable, ce sont tous de sombres abrutis.

 


 

Je suis bien aise d’apprendre qu’un assortiment de boissons chaudes et de rafraîchissements m’est proposé en voiture 14 et qu’un défibrillateur est à ma disposition en voiture 17, mais j’aimerais par-dessus tout être sûr de trouver un train qui circule sans panne ni contretemps entre cet hôpital et ce troquet.

Par Éric Chevillard
Voir les 0 commentaires
Lundi 5 janvier 2015 1 05 /01 /Jan /2015 00:03

Les objets manufacturés ou inventés par l’homme naissent avec leur nom. La prérogative humaine de nommer les choses est en ce cas pleinement justifiée. Mais gorille, renard ou ichneumon, autant de mots qui ne veulent rien dire. À l’exception de quelques variétés domestiques issues de croisements concertés – setter, salers ou wyandotte –, les animaux n’ont pas de noms.

 


Je lis à Suzie la question inscrite sur la petite carte d’un quizz pour enfants : – Dans quel jeu assemble-t-on des pièces pour former une image ?

SUZIE – Une tirelire !

 


 

François Villon aura donc précédé d’une courte tête Jean d’Ormesson dans la Pléiade.

Par Éric Chevillard
Voir les 0 commentaires
Dimanche 4 janvier 2015 7 04 /01 /Jan /2015 00:01

Ce petit crétin boutonneux pourvu de lunettes mais dépourvu de vocabulaire vient de trouver le raccourci clavier qui aurait permis à Tolstoï d’écrire Guerre et paix et Anna Karénine en deux secondes.

 


A-t-on le droit de retoucher son rêve de la nuit en le racontant ?

 


MOI – Quand une personne meurt, on dépose son corps dans une tombe.

AGATHE – Et la tête, on la met où ?

MOI – C’est toute la question.

Par Éric Chevillard
Voir les 0 commentaires
Samedi 3 janvier 2015 6 03 /01 /Jan /2015 00:12

En hâte, en catastrophe, quand tu apprends la triste nouvelle, tu convoques tes souvenirs pour tenter de retenir ce qui peut l’être avant la grande razzia, comme si la mort devait tout emporter, comme si, par un effet rétroactif délétère, elle allait tout anéantir de cette vie qu’elle éteint.

 


Depuis une dizaine d’années, la mémoire de ma grand-mère se défaisait. Il fallait déjà se souvenir pour elle. Il suffira de continuer. Et ma dernière note d’hier prend une résonnance prémonitoire absurde ; nous avions le sentiment de l’avoir perdue sans pouvoir exactement dater l’événement de sa disparition, d’autant qu’il lui arrivait de nous faire un signe encore dans son brouillard. Certaines familles pleurent un mort dont le corps ne leur fut pas rendu. C’est l’esprit de ma grand-mère qui s’était égaré. Elle avait 102 ans.

 


 

Elle s’appelait Camille. Mimi, pour mon grand-père. Elle avait une démarche légère, presque sautillante, très gracieuse. Elle était fluette, avec un beau maintien, et timide, avec un fond de fermeté. Elle avait ce rire bref des personnes qui ont appris à garder le contrôle. Et ce rire inattendu, du coup, révèle une gaieté que l’on ne soupçonnait pas. Dans le cercle de son calme, de ses passions retenues, mon grand-père donna le spectacle de son exubérance, de ses emportements et de ses joies terribles. C’est ainsi qu’ils furent généreux l’un avec l’autre, soixante-dix années durant.

Par Éric Chevillard
Voir les 0 commentaires
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés