Vendredi 2 janvier 2015 5 02 /01 /Jan /2015 00:05

J’ai une astuce pour supporter les conversations les plus ternes. J’imagine que ce moment est un souvenir, que mes interlocuteurs sont morts et alors aussitôt l’émotion point ; les plates considérations de ces raseurs subitement changés en chers disparus se chargent de sens et de profondeur.

 


Autre avantage de mon stratagème : je survis ainsi à des personnes beaucoup plus jeunes que moi que, sans ce songe merveilleux, je n’aurais jamais eu la chance de connaître mortes.

 


 

Puis savons-nous vraiment quels sentiments nous éprouvons pour quelqu’un tant que nous n’avons pas porté son deuil ?

Par Éric Chevillard
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Jeudi 1 janvier 2015 4 01 /01 /Jan /2015 00:04

Il était temps de retrouver de saines conditions de vie. Nous décidâmes en conséquence de réintroduire l’homme dans son milieu naturel. Et nous découvrîmes qu’il n’avait pas sa place sur la Terre.

 


Bien sûr que oui, il est possible de passer sous les arcs-en-ciel, mais en empruntant un tunnel obscur.

 


 

Il avait toujours eu la sagesse de manger d’abord ce qui lui répugnait et de garder pour la bonne bouche ses mets préférés. À 80 ans, il se trouva donc au pied d’une montagne de frites de 12 mètres,  ayant du reste – s’il se rappelait avoir beaucoup apprécié en effet celle qu’il avait mangée dans sa prime enfance – complètement oublié leur goût.

Par Éric Chevillard
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Mercredi 31 décembre 2014 3 31 /12 /Déc /2014 00:03

Il faut apprendre aux jeunes orangs-outans orphelins ou captifs à se débrouiller dans leur forêt natale avant de leur rendre la liberté : quels fruits manger, comment vivre dans les arbres. L’homme secourable fait appel à sa mémoire ancienne. Il découvre non sans satisfaction qu’il peut leur rendre ce service. Allons, nous avons tout de même de beaux restes.

 


MOI – Tu as vu ce cheval dans le pré là-bas, comme il est immobile. Il ne bouge absolument pas !

SUZIE – C’est parce qu’il est de profil.

 


 

Ces deux fauteuils de jardin rongés de rouille sous la tonnelle, voici donc comment a tourné la tendre oaristys, le doux entretien d’amour, voici en effet les corps torturés des vieux amants, le squelette sarcastique et désossé de leur passion morte.

Par Éric Chevillard
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Mardi 30 décembre 2014 2 30 /12 /Déc /2014 00:02

Il fallait comprendre Darwin littéralement. L’homme descend du singe ne signifie pas qu’il s’est élevé au-dessus de lui, mais bien qu’il en a lamentablement dégradé la figure altière.

 


Une ride nouvelle apparut sur son visage – son miroir désespérément fidèle cette fois se fendilla.

 


 

Et au bout de ce chemin de miettes, un ver de terre ! C’est mon jour, se dit l’oiseau en gobant le Petit Poucet.

Par Éric Chevillard
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Lundi 29 décembre 2014 1 29 /12 /Déc /2014 00:09

Bien sûr, il est aimable, ce passant qui, nous voyant avec notre plan déployé, s’offre spontanément à nous mettre sur la voie, mais sa sollicitude autoritaire nous change d’un coup – alors que nous étions des explorateurs, égarés certes, mais pleins d’audace et de volonté, et que nous allions nous en sortir grâce à notre débrouillardise – en nigauds, en empotés, en assistés – non mais, de quoi je me mêle ?

 


Chacun conçoit bien qu’il peut – qu’il va – disparaître – mais sa souffrance ? Comment pourrait-elle disparaître, sa souffrance ? Une telle souffrance ne saurait avoir de fin.

 


 

Ceux qui répondent au téléphone – parfois même aux textos – en notre présence et en s’excusant à peine, alors qu’ils sont supposés partager ce moment avec nous, bientôt nous avons le sentiment qu’ils nous ont gentiment conviés à les regarder vivre.

Par Éric Chevillard
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