Jeudi 13 mars 2014 4 13 /03 /Mars /2014 00:03

Des talons claquent sur la place, je lève les yeux de mon livre : c’est une femme grande, ultrasapée, pas mon genre, qui informe le monde de son existence et semble vouloir le conquérir avec son seul bruit de bottes. Or, au même instant, arrive en sens inverse, sur de silencieuses ballerines, une jolie fille pleine de grâce, tout à fait mon genre, que je regarde s’éloigner en prêtant à ses souples semelles le galop sonore des prétentieuses bottes.

 


Toute preuve par A+B de l’existence de Dieu n’atteste jamais que celle de l’abbé.

 


 

Le dithyrambe comme la montagne doit avoir son versant d’ombre. En portant haut un homme ou son œuvre, tu creuses aussi le ravin dans lequel tu précipiteras les victimes de tes éreintements. Mais tu peux aussi préférer l’équanimité et en toute occasion rester plat.

Par Éric Chevillard
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Mercredi 12 mars 2014 3 12 /03 /Mars /2014 00:03

Une idée m’est venue : ne serait-il pas possible de broyer le grain en utilisant la force des vents pour actionner la meule, cela grâce à un système de pales semblables en quelque sorte à de grandes ailes fixées à un moyeu sur le toit pointu de l’édifice où le travail se ferait ? Ou dois-je oublier ces chimères et courir plutôt après mon chapeau ?

 


J’ai eu l’idée aussi d’un vêtement de flanelle, de toile ou de velours, enveloppant le bassin puis se divisant jusqu’aux pieds en deux pans roulés en forme de tuyaux ou de tubes, destiné à tenir chaud aux jambes – mais peut-être est-ce un travail de couture tout bonnement irréalisable ?

 


 

Et que diriez-vous encore d’un petit carré de tissu ou de papier qui tiendrait dans la poche et dans lequel l’enrhumé pourrait se moucher ? Je sais bien qu’il y a des problèmes plus sérieux qui demandent des solutions urgentes, mais mon invention pourrait parfois se révéler utile, me semble-t-il. J’ai même pensé à un nom qui lui conviendrait parfaitement mais je ne le révélerai que si des investisseurs audacieux se signalent, disposés à engager des fonds sur ce projet.

Par Éric Chevillard
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Mardi 11 mars 2014 2 11 /03 /Mars /2014 00:01

Les écrans de verre et les coques de plastique des smartphones et des tablettes sont en train de démoder si bien le bois, le cuir et le papier que tous les objets façonnés dans ces matériaux nous paraissent désormais un peu dégoûtants, comme des matières organiques en voie de décomposition. Bientôt, pauvres chairs révulsées, nous vomirons notre propre corps en caressant l’épaule de titane de notre robot domestique.

 


L’idée n’a fait que me traverser la tête, mais elle était de fort calibre et mon crâne est en miettes.

 


 

Quand un écrivain ou un artiste impose son style contre celui de l’époque, il rencontre des adversaires farouches dont la réaction est, sinon justifiée, compréhensible, puisque leur système de valeurs est justement mis à mal par ces formes nouvelles. Mais l’on pourra s’étonner, en revanche, que leurs arguments soient repris bien après le temps où cette légitimité pouvait leur être accordée et qu’il se trouve encore des personnes pour penser que Zola pousse au vice ou que Picasso se fout du monde.

Par Éric Chevillard
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Lundi 10 mars 2014 1 10 /03 /Mars /2014 00:12

« C’est un artiste ! » dit-on ordinairement avec – c'est selon celui qui parle – admiration, indulgence ou consternation pour désigner un sympathique hurluberlu qui s’habille de façon extravagante, qui a peint son vélo de toutes les couleurs et porte une queue de cheval. Sa production musicale, picturale ou poétique se caractérise par sa rusticité et sa mièvrerie. Elle est systématiquement calamiteuse. Le véritable artiste est un névrosé plutôt revêche et mal luné qui jamais ne consentirait à porter une chemise mauve.

 


Nous pouvons parfaitement adresser des clins d’œil aux morts ; ils les comprennent aussi bien que les vivants. Seule différence : pour eux l’œil ouvert est fermé et l’œil fermé ouvert, mais cela revient évidemment au même.

 


 

Philippe Jaccottet dans la Pléiade, ce n’est que justice. Et cependant, quand on y pense, ce doit tout de même être bien douloureux de devenir un objet de maroquinerie de son vivant. 

Par Éric Chevillard
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Dimanche 9 mars 2014 7 09 /03 /Mars /2014 00:17

Touché à la colonne vertébrale en mai 1918, Joë Bousquet ferma ses volets, tira ses rideaux, et s’installa à demeure dans la tranchée. Le combat se poursuivait, mais cette fois, le poète allait lui-même forger ses armes : ainsi il tint la mort en respect trente années encore.

 


AGATHE – Mais en fait, qui connaît l’époque des rois ?

SUZIE – Moi, je la connais, parce que quand j’étais petite, j’étais à l’époque.

 


 

Il est bien difficile de tirer profit du débat philosophique et de parvenir à une conclusion, tant les opinions se contredisent, tant les arguments et les idées s’opposent. Peu nous importe, mais les contradictions et les oppositions sont aussi vives et tranchées entre les diététiciens, et cela est plus embêtant.

Par Éric Chevillard
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