Dimanche 8 juin 2014 7 08 /06 /Juin /2014 00:13

Bientôt dix ans que je connais Raoul, le chat de la voisine qui fréquente assidûment notre jardin – mais déguerpit toujours quand j’apparais, alors que jamais je n’ai esquissé le moindre geste agressif en sa direction, comme s’il était persuadé que je cache mon jeu, que je suis en réalité un type dangereux, une sale brute. Je ne peux le laisser me faire une réputation pareille dans le quartier… si je l’attrape… je lui tords le cou !

 


La vie passe si vite, me lance en levant sa canne ce petit vieillard croisé dans la rue qui, pourtant, à ce train-là, n’est pas arrivé chez lui.

 


Il a grossi, il se fiche de son apparence, il n’a plus le souci de me plaire, pensa-t-elle avec dépit. Or elle avait raison et se trompait pourtant : après dix ans de vie commune, il ne faisait simplement plus l’effort de rentrer le ventre en sa présence.

 

 

Par Éric Chevillard
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Samedi 7 juin 2014 6 07 /06 /Juin /2014 00:28

J’habite une maison, mais je me suis logé aussi dans des appartements. Rien à voir. L’appartement appelle l’ordre et la propreté. On en lèche tous les murs, c’est le petit ménage quotidien. Le moindre verre fêlé dans la cuisine le lézarde du sol au plafond. La partie répond pour le tout.

 


Alors que la maison tolère le laisser-aller, elle y invite. Un papier peint vieillot et de mauvais goût dans une chambre, un radiateur accroché de travers, des portes qui ferment mal, des carreaux pas très nets ; même mademoiselle l’araignée s’est trouvé un petit coin tranquille où on ne l’embête pas.

 


 

Tout appartement est un appartement témoin : il vous trahit. Il vous dénonce. Il vous accule. Et c’est la prison. Tandis que la maison est encore la grotte originelle, la caverne primitive ; nous pouvons impunément peindre sur ses murs avec nos doigts sanglants, puis enterrer dans la cave les ossements de nos victimes.

Par Éric Chevillard
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Vendredi 6 juin 2014 5 06 /06 /Juin /2014 00:02

CONQUIS OU REMBOURSÉ, ce bandeau ceint crânement le nouveau roman d’Hervé Commère qui paraît aux éditions Fleuve noir. Modalités au verso : 1) Acheter le livre  2) Envoyer le livre et la demande de remboursement avant le 15 mars 2015   3) Justifier en 5 lignes minimum les raisons pour lesquelles l’ouvrage vous a déplu  4) Joindre l’original du ticket de caisse ainsi qu’un RIB   5) Envoyer le tout au Service Marketing. J’oubliais, le titre du livre : Imagine le reste.

 


SUZIE – Je me suis griffé la main en prenant du scotch, parce que je ne savais pas que je ne savais pas prendre du scotch toute seule.

 


 

Tous des petites bites. Ou nous ressusciterions les morts.

Par Éric Chevillard
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Jeudi 5 juin 2014 4 05 /06 /Juin /2014 00:00

Le projet est ambitieux. Pour agrandir l’hôpital, il va être nécessaire de mordre sur le terrain du cimetière voisin.

 


Une cuillérée pour Suzie. Une cuillérée pour papa. Nous alternons afin d’en finir avec cette purée d’épinards qui refroidit dans son assiette.

MOI – Tu n’aimes pas ça ?

SUZIE – Si, j’aime bien la cuillérée pour papa.

 


Chacun des jumeaux a certes sa personnalité propre, il n’empêche que l’un ou l’autre indifféremment conviendrait parfaitement pour le rôle.

 

 


 

[Marc Escola m’a posé quelques questions pour cet intéressant dossier de TDC consacré aux formes brèves]

Par Éric Chevillard
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Mercredi 4 juin 2014 3 04 /06 /Juin /2014 00:01

Dieu lui avait pris ce qu’il avait de plus précieux au monde. Il sortit son couteau et se l’enfonça dans le cœur.

 


On s’empressa autour du mourant. Quelqu’un voulut retirer le poignard qu’il tenait toujours dans son poing serré, mais il murmura encore :

 


 

– Je l’emporte.

Par Éric Chevillard
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