Jeudi 5 avril 2012
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MOI – Il ne suffit pas de tendre la main, c’est
vrai. Mais je suis sûr que si je saute, je peux toucher la lune.
(je
saute)
AGATHE – Presque !
Mais quelquefois la lecture en cours est plus
prenante, plus intéressante que notre vie du moment. Alors, c’est quand nous reposons le livre qu’il nous semble rejoindre la fiction, un récit juste bon à tuer quelques heures et qui ne nous
concerne pas vraiment.
L’alligator embusqué dans un
marais de Floride, qui attend que passe à sa portée un animal à sang chaud, ignorant tout de mon existence et ne pouvant en conséquence se douter que jamais je ne mettrai les pieds dans ce
coin-là, guette mon passage aussi bien que celui d’une loutre ou d’un héron, peu lui importe, et dans les moments de solitude, c’est tout de même un réconfort de se savoir si obstinément attendu
quelque part.
Par Éric Chevillard
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Mercredi 4 avril 2012
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Je dois maintenant traverser la
rue et passer sur l’autre trottoir, selon la logique de mon itinéraire. Oui, mais arrive en face de moi une femme voilée et je ne voudrais pas qu’elle me soupçonne de xénophobie, je la croise
donc et m’apprête à traverser, sauf qu’arrive alors en face un homme obèse qui pourrait penser que je le trouve trop encombrant pour cet étroit chemin, je le croise donc et m’apprête à traverser,
mais se présente devant moi un clochard particulièrement sale, il irait s’imaginer peut-être que je l’évite avec répugnance, je le croise donc et m’apprête à traverser…
… puis viennent à ma rencontre un
unijambiste, une vieille qui soliloque, deux policiers, impossible de traverser sans passer pour réprobateur, méprisant ou malpoli. J’ai depuis longtemps laissé derrière moi la rue
perpendiculaire que je devais emprunter, de l’autre côté. Je fais donc demi-tour…
…. et quand enfin la perspective
est totalement dégagée et que je pourrais traverser la rue sans vexer personne, voilà que je remarque sur le trottoir d’en face, me précédant, une jolie fille court vêtue qui ne manquera pas de
penser que je traverse uniquement pour marcher derrière elle et reluquer ses fesses. Mais bon, tant pis, je dois y aller là maintenant.
Par Éric Chevillard
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Mardi 3 avril 2012
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Enfin le bras se détache du corps
et du souci de soi pour se tendre vers le monde, vers le ciel même, dans un geste d’offrande ou d’invite, puis l’index presse le déclencheur de l’appareil :
autoportrait.
Après leur retrait d’Irak puis
d’Afghanistan, nous attendons maintenant que les Américains se retirent des États-Unis pour laisser les vastes plaines aux Cheyennes, aux Comanches,
aux Apaches, aux Navajos et aux Sioux.
Choc d’un bourdon ou d’une
abeille contre ma joue – ou serait-ce ma grand-tante Odette revenue d’entre les morts pour me donner un baiser de son petit menton dur et piquant comme autrefois ?
Par Éric Chevillard
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Lundi 2 avril 2012
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Il serait intéressant d’examiner
notre propre vie sous l’angle qui serait celui des enquêteurs de police si nous étions compromis dans un crime, avec tous les moyens dont ils disposent pour fouiller la mémoire reptilienne de nos
ordinateurs, retrouver dans notre passé les témoins de tous nos faits et gestes, relever notre empreinte sur le moindre objet que nos mains ont touché. Pour moi, quelle peine de prison ? Et
pour toi ?
Le jet d’eau a avalé un
parapluie.
Il publie encore de temps en
temps, mais ses succès sont bien anciens. L’indifférence qui accueille aujourd’hui ses livres augure de leur oubli quasi immédiat. Son œuvre n’est déjà plus. Heureusement, il nous reste
l’homme.
Par Éric Chevillard
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Dimanche 1 avril 2012
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Si les images pornographiques
contrarient le sain épanouissement de la sexualité des adolescents qui les prennent pour des leçons de choses, ne pourrait-on considérer de même que l’imagerie publicitaire, non moins obscène,
influence notre représentation du bonheur, de l’amour, de la famille, si bien que nous évoluons dans un monde impitoyable où nous sommes toujours en défaut par rapport aux modèles proposés, ni
assez beaux ni assez riches et insuffisamment membrés pour tenir les rôles qui nous sont prétendument dévolus, acteurs de second plan accumulant les fiascos, devenus surtout incapables d’imaginer
une vie où nos qualités propres feraient de nous des hommes libres et des amants formidables.
– Le corps du Christ...– Amen… – Le corps du Christ...– Amen… – Le corps du Christ...– Amen…
Vingt fois, je reprends la queue et j’y retourne. Est-ce de ma
faute s’il n’y a pas d’autre boulangerie ouverte le dimanche matin dans ce patelin ?
Son infirmité est surtout gênante
pour autrui (sa bite est un cactus.)
Par Éric Chevillard
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