Mercredi 11 juin 2014 3 11 /06 /Juin /2014 00:01

L’idée, dit l’un, c’est de créer une sorte d’Euronews de la gastronomie… Les trois hommes qui viennent de s’asseoir à la table voisine de la mienne sont très impliqués dans l’affaire. Ça ne rigole pas. On tapote sur les ordis.  Les téléphones chauffent comme des colts. Les mines sont graves. L’idée, je le rappelle, c’est de créer une sorte d’Euronews de la gastronomie. Et mon rire se noie dans mes pleurs.

 


Pierre Petitpierre n’amasse pas mousse.

 – Je suis un écrivain voyageur.

 


 

Ton plus beau sourire ne me donne jamais qu’un aperçu de ton squelette.

Par Éric Chevillard
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Mardi 10 juin 2014 2 10 /06 /Juin /2014 00:12

L’œil se mêle de notre sexualité avec une certaine indiscrétion et une légitimité contestable. Nous autres hommes, êtres primaires et innocents, sommes ainsi excités par les corps bien faits, à la fois minces et plantureux, et il doit bien exister pour les femmes une même caricature du mâle appétissant. Or dans l’étreinte, le corps à corps, dès que l’empoignade commence, il n’est plus question du tout de justes proportions et de silhouettes joliment découpées sur fond d’azur. Mais l’œil, on le sait, ne supporte pas les caresses, même du bout du doigt.

 


Un ballon danse sur le jet d’eau. Une otarie de moins à nourrir.

 


 

Le téléphone portable vibre d’impatience sur la table du salon. Sa propriétaire l’a encore oublié ! Quelle incurie ! Vous croyez que son contrat le ligote ou qu’il peut encore la changer pour une autre ?

Par Éric Chevillard
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Lundi 9 juin 2014 1 09 /06 /Juin /2014 01:03

Il serait temps peut-être que les instituteurs et les institutrices qui font confectionner à leurs petits élèves des marque-pages pour la fête des pères ou des mères prennent acte de la nouvelle donne : les gens ne lisent plus.

 


Ridé comme une jeune paume aussi.

 


Tout le jour, j’avais échappé à sa traque obstinée. Mais là, je n’en pouvais plus. En trois bonds, le lion fut sur moi. Il me fit rouler au sol d’un coup de patte et, comme il s’apprêtait à refermer ses crocs sur ma gorge, je lui montrai le soleil qui se couchait derrière les hautes herbes :

 

– Ce n’est pas plutôt l’heure où vous allez boire ?

Par Éric Chevillard
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Dimanche 8 juin 2014 7 08 /06 /Juin /2014 00:13

Bientôt dix ans que je connais Raoul, le chat de la voisine qui fréquente assidûment notre jardin – mais déguerpit toujours quand j’apparais, alors que jamais je n’ai esquissé le moindre geste agressif en sa direction, comme s’il était persuadé que je cache mon jeu, que je suis en réalité un type dangereux, une sale brute. Je ne peux le laisser me faire une réputation pareille dans le quartier… si je l’attrape… je lui tords le cou !

 


La vie passe si vite, me lance en levant sa canne ce petit vieillard croisé dans la rue qui, pourtant, à ce train-là, n’est pas arrivé chez lui.

 


Il a grossi, il se fiche de son apparence, il n’a plus le souci de me plaire, pensa-t-elle avec dépit. Or elle avait raison et se trompait pourtant : après dix ans de vie commune, il ne faisait simplement plus l’effort de rentrer le ventre en sa présence.

 

 

Par Éric Chevillard
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Samedi 7 juin 2014 6 07 /06 /Juin /2014 00:28

J’habite une maison, mais je me suis logé aussi dans des appartements. Rien à voir. L’appartement appelle l’ordre et la propreté. On en lèche tous les murs, c’est le petit ménage quotidien. Le moindre verre fêlé dans la cuisine le lézarde du sol au plafond. La partie répond pour le tout.

 


Alors que la maison tolère le laisser-aller, elle y invite. Un papier peint vieillot et de mauvais goût dans une chambre, un radiateur accroché de travers, des portes qui ferment mal, des carreaux pas très nets ; même mademoiselle l’araignée s’est trouvé un petit coin tranquille où on ne l’embête pas.

 


 

Tout appartement est un appartement témoin : il vous trahit. Il vous dénonce. Il vous accule. Et c’est la prison. Tandis que la maison est encore la grotte originelle, la caverne primitive ; nous pouvons impunément peindre sur ses murs avec nos doigts sanglants, puis enterrer dans la cave les ossements de nos victimes.

Par Éric Chevillard
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