Samedi 15 mars 2014 6 15 /03 /Mars /2014 00:15

Nous nous ressemblons tous, bien sûr, et cependant autrui – le quidam, le passant, le voisin de banquette – possède toujours un trait, une façon d’être ou de se mouvoir, qui nous le rend étrange et même étranger, comme si ce détail trahissait tout un monde – une civilisation ? une planète ? – très différent du nôtre. Il n’en est rien et, dès que nous le connaîtrons, nous aurons la confirmation que nous sommes bien tous atrocement semblables.

 


Comme elle demeurait parfaitement immobile, je n’ai jamais pu la rattraper.

 


 

Pour éviter l’escarre… go ! Mais croyez bien qu’il fait son possible.

Par Éric Chevillard
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Vendredi 14 mars 2014 5 14 /03 /Mars /2014 00:12

L’écrivain sait intuitivement quel livre il tirerait de la situation où se trouve telle ou telle de ses connaissances, comment il presserait l’existence de chacun, où il appuierait pour en faire littérairement profit – mais il n’en a que l’idée, une certaine énergie créatrice procède de l’expérience à laquelle pour le coup l’imagination ne saurait se substituer. Reste l’étonnement que toutes ces personnes, de leur expérience – cette aubaine quelquefois tragique – ne fassent rien.

 


Nous nous demandions d’où lui venait cette écriture si suave – d’une mine de feutre ? du papier pelucheux ? –, avant de découvrir son secret : il met une cédille sous chaque lettre.

 


 

Paradoxalement, le fait d’être reconnu par tous n’augmente ni l’intensité de la présence ni le degré d’évidence – c’est plutôt d’évidement qu’il s’agit. La célébrité est frappée d’irréalité : on n’y croit pas. Elle-même semble toujours flotter un peu, comme en visite dans le monde et faisant semblant de s’intéresser à ce que ses hôtes flattés lui montrent.

Par Éric Chevillard
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Jeudi 13 mars 2014 4 13 /03 /Mars /2014 00:03

Des talons claquent sur la place, je lève les yeux de mon livre : c’est une femme grande, ultrasapée, pas mon genre, qui informe le monde de son existence et semble vouloir le conquérir avec son seul bruit de bottes. Or, au même instant, arrive en sens inverse, sur de silencieuses ballerines, une jolie fille pleine de grâce, tout à fait mon genre, que je regarde s’éloigner en prêtant à ses souples semelles le galop sonore des prétentieuses bottes.

 


Toute preuve par A+B de l’existence de Dieu n’atteste jamais que celle de l’abbé.

 


 

Le dithyrambe comme la montagne doit avoir son versant d’ombre. En portant haut un homme ou son œuvre, tu creuses aussi le ravin dans lequel tu précipiteras les victimes de tes éreintements. Mais tu peux aussi préférer l’équanimité et en toute occasion rester plat.

Par Éric Chevillard
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Mercredi 12 mars 2014 3 12 /03 /Mars /2014 00:03

Une idée m’est venue : ne serait-il pas possible de broyer le grain en utilisant la force des vents pour actionner la meule, cela grâce à un système de pales semblables en quelque sorte à de grandes ailes fixées à un moyeu sur le toit pointu de l’édifice où le travail se ferait ? Ou dois-je oublier ces chimères et courir plutôt après mon chapeau ?

 


J’ai eu l’idée aussi d’un vêtement de flanelle, de toile ou de velours, enveloppant le bassin puis se divisant jusqu’aux pieds en deux pans roulés en forme de tuyaux ou de tubes, destiné à tenir chaud aux jambes – mais peut-être est-ce un travail de couture tout bonnement irréalisable ?

 


 

Et que diriez-vous encore d’un petit carré de tissu ou de papier qui tiendrait dans la poche et dans lequel l’enrhumé pourrait se moucher ? Je sais bien qu’il y a des problèmes plus sérieux qui demandent des solutions urgentes, mais mon invention pourrait parfois se révéler utile, me semble-t-il. J’ai même pensé à un nom qui lui conviendrait parfaitement mais je ne le révélerai que si des investisseurs audacieux se signalent, disposés à engager des fonds sur ce projet.

Par Éric Chevillard
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Mardi 11 mars 2014 2 11 /03 /Mars /2014 00:01

Les écrans de verre et les coques de plastique des smartphones et des tablettes sont en train de démoder si bien le bois, le cuir et le papier que tous les objets façonnés dans ces matériaux nous paraissent désormais un peu dégoûtants, comme des matières organiques en voie de décomposition. Bientôt, pauvres chairs révulsées, nous vomirons notre propre corps en caressant l’épaule de titane de notre robot domestique.

 


L’idée n’a fait que me traverser la tête, mais elle était de fort calibre et mon crâne est en miettes.

 


 

Quand un écrivain ou un artiste impose son style contre celui de l’époque, il rencontre des adversaires farouches dont la réaction est, sinon justifiée, compréhensible, puisque leur système de valeurs est justement mis à mal par ces formes nouvelles. Mais l’on pourra s’étonner, en revanche, que leurs arguments soient repris bien après le temps où cette légitimité pouvait leur être accordée et qu’il se trouve encore des personnes pour penser que Zola pousse au vice ou que Picasso se fout du monde.

Par Éric Chevillard
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