Mercredi 26 mars 2008

175

Sois toi-même, nous recommande-t-on de toute part, mais le conseil invalide l’injonction.



Je crus que cette vache avait mis bas un veau à trois pattes. À ma décharge, je vais très rarement à la campagne. C’était le tabouret de la traite.



Que se passe-t-il ce matin-là ? Quel est ce jour de notre vie où nous commençons à vivre dans le passé ? Moi, j’aimais les fraises, dit cette vieille dame à une autre vieille dame assise près d’elle sur le banc voisin de celui où je feins encore de lire, et sa compagne lui répond – moi, je préférais les cerises.

par Éric Chevillard
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Mardi 25 mars 2008

174

On me voit avec un Montaigne, un Joyce, un Kafka, mais en vérité, sous les couvertures arrachées de ces livres, je dissimule sournoisement un petit carnet vierge dans lequel, feignant de lire, j’écris de la littérature facile.



Elle me raconte son agression, le vol de son sac, et précise un peu gênée que les deux voleurs étaient d’origine maghrébine tout en ajoutant aussitôt qu’elle n’est pas raciste, à quoi je réponds que si, elle l’est, sans quoi elle se serait débrouillée pour se faire détrousser par deux Français de souche.



Quand l’orage tonne et que la foudre menace, la girafe compte ses vrais amis.

par Éric Chevillard
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Lundi 24 mars 2008

173

J’aime surprendre hors de leur sphère d’autorité ces hommes importants habitués à voir leurs collaborateurs et leurs nombreux esclaves baiser leurs genoux et qui ne connaissent l’homme que tremblant, servile, empressé. Ils conservent leur figure rogue et comminatoire, leur démarche de conquérants, mais soudain le monde ne leur obéit plus, il ne s’ouvre plus devant eux comme un champ de blé, d’insignifiants personnages leur coupent la parole et la priorité qu’ils n’ont pas le pouvoir de faire exécuter. Leurs mines offusquées alors sont des plus réjouissantes. Ayons toujours dans nos poches une chiquenaude pour ces nez-là.



Comment peut-on être encore jumeaux à 73 ans ? !



Puis un jour inexplicablement vous retrouvez mort sur la page votre aphorisme cinglant, si électrique et vivace la veille encore.

par Éric Chevillard
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Dimanche 23 mars 2008

172

En 1989, Le Démarcheur, mon deuxième roman, passa totalement inaperçu. C’est évidemment difficile à croire quand on voit l’engouement qu’il suscite aujourd’hui. En cette seule année 2007, pas moins de 34 exemplaires vendus !



Ainsi tu découvres, gentil joggeur tout rouge et tout en sueur, que le survêtement ne fait pas le surhomme.



pas vu de l’hiver
le gros célibataire
est chez sa mère

par Éric Chevillard
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Samedi 22 mars 2008

171

Les léopards tombés dans des pièges subissent d’atroces et dégradantes mutilations. Avant de les relâcher, les braconniers prélèvent en effet la peau de leur croupe et de leurs reins, ayant constaté que la demande des amateurs occidentaux portaient presque exclusivement sur les slips.



Murmure des mots doux à l’oreille de son interlocuteur, braille ces insanités dans celles des passants : elle téléphone dans la rue.



La douceur nouvelle de nos hivers constitue la conséquence la plus remarquable des progrès technologiques réalisés depuis un siècle. À suivre le bel océan bleu de nos vacances partout tout le temps.

par Éric Chevillard
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Vendredi 21 mars 2008

170

Dépourvu de tout savoir et de toute compétence techniques, je crains de pâtir un jour de ces déficiences. Songez par exemple que si un naufrage me précipitait sur le rivage d’une île déserte, je serais incapable de construire un simple distributeur automatique de billets de banque.

 

Par cupidité, pour ne rien laisser se perdre, je compose de la musique sur mes ratures.

 

N’êtes-vous jamais tenté par une belle déchéance dans l’alcool, un naufrage consenti ? Saborder dans le rhum ou le whisky la petite embarcation où vous vous tenez serrés en surface avec vos proches et vos possessions, et couler à pic, au fond, aller voir ?

par Éric Chevillard
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Jeudi 20 mars 2008

169

Nous avons le choix de montrer notre plaie, ou bien à un médecin désinvolte et rigolard qui nous parlera de lui en nous incisant l’autre joue, ou bien à un médecin lugubre et arrogant qui nous prescrira comme à un enfant puni vingt coups de bâtons supplémentaires.



Après dix années d’étude acharnée, de patience et d’obstination, le violon parvient enfin à tirer quelque chose de l’homme. Il est vrai que ce dernier n’est pas simple.



Ou bien je fais juste ici la navrante démonstration que je n’ai que trois idées par jour ?

par Éric Chevillard
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Mercredi 19 mars 2008

168

À chaque fois que j’obtiens un petit succès avec ma chèvre et que les spectateurs commencent à s’attrouper, il vient danser à côté avec son tigre.



Je suis de l’époque de la conscription, moi, mon petit bonhomme, j’ai porté l’uniforme : le pyjama bleu pâle, les mules de velours marron et le peignoir en éponge blanc taché d’œuf de l’hôpital psychiatrique des armées, alors, respect !



Si l’homme n’était pas un animal, aurait-il à ce point-là peur de l’homme ?

par Éric Chevillard
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Mardi 18 mars 2008

167

On me regarde de biais dans la rue sous prétexte que je me promène en panty rose, mais j’ai ma conscience pour moi et je sais que je porte en réalité un strict pantalon noir qui ne se lavait pas en machine.



Peut-être l’homme au fil des âges a-t-il omis d’inventer un objet aussi important que la chaise et ne s’en avisera-t-il jamais.



Il y a les trois amies jeunettes, jolies, bien jambées, habillées mode, et puis il y a la quatrième de la bande, même sapes, mais petit pot à tabac, moustache, vrai laideron, et c’est cruel, cruel, la vie est d’une telle cruauté !

par Éric Chevillard
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Lundi 17 mars 2008

166

Il compare volontiers son entreprise autobiographique à celle de Proust – notons toutefois cette petite différence qu’en ce qui le concerne, c’est depuis qu’il écrit qu’il perd son temps.



Dire que je n’étais alors qu’un pauvre péquenot venu de ma campagne avec une guitare. Et que maintenant je suis un pauvre musico venu de la ville pour faire les vendanges.



Ce monstre cache son visage sous un linge et ressemble ainsi à un Apollon (la veille de son inauguration).

par Éric Chevillard
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