Vendredi 16 mars 2012 5 16 /03 /Mars /2012 00:01

Cette montagne constituait la curiosité principale de la région en raison de sa rétractibilité, phénomène rarissime, pour ne pas dire unique, qui était cause que certains autochtones, parmi lesquels un certain nombre de vieillards fort mûrs, ne la connaissaient seulement pas, n’ayant jamais eu la chance de lever les yeux au bon moment, alors que certains voyageurs de passage l’admiraient au premier coup d’œil.

 

 

 

Il semblait même que sa majestueuse beauté s’offrît plus volontiers aux résidents occasionnels et aux touristes qu’aux habitants du lieu qui en conçurent un dépit légitime mais aussi la fierté de ne pas tomber dans les travers navrants du chauvinisme.

 

 

 

(Ce dont on se flattait localement avec un certain excès de vantardise assez pénible pour les visiteurs étrangers.)

Par Éric Chevillard
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Jeudi 15 mars 2012 4 15 /03 /Mars /2012 00:02

Entrain factice et assommant, chorégraphies ridicules et vulgaires, chansons niaises, voix horripilante, carriérisme misérable, j’ai développé une allergie hérissée d’autant d’épithètes qu’il existe d'érythèmes à Claude François dont la popularité inoxydable auprès des publics les plus divers est un de ces phénomènes qui me renvoient sans cesse à ma solitude ombrageuse, éberluée, misanthropique (et tant d’autres adjectifs encore pour qualifier cet effroi, cette déréliction, cette énigme).

 

 

 

La fourmi ne se laisse pas marcher sur les pieds. Il faut l’écraser toute.

 

 

 

La main de Suzie se tend vers la pomme de pin tombée à terre, instinctivement – et comme cela m’émeut ! –, elle va vers cette merveille de la nature, luisante, d’une belle teinte caramel, harmonieusement serrée en épi, puis s’empare juste à côté d’un mégot immonde.

Par Éric Chevillard
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Mercredi 14 mars 2012 3 14 /03 /Mars /2012 00:03

La lecture est un contretemps. En lisant, nous nous affranchissons du temps social, économique, industriel ou mécanique. C’est encore un doute que j’ai touchant la tablette électronique dont la modernité même, appelée incessamment à se révolutionner et affûter sa pointe, réinscrit la lecture dans ce rythme (que l’on appelait jadis cadences infernales) auquel notre existence tout entière et sans nulle échappatoire désormais devra donc se soumettre.

 

 

 

Tout ce que l’appareil digestif de la vache ne change pas en bouse – le lait, la viande, le cuir – sera fait homme.

 

 

 

Agathe, toujours soucieuse de savoir qui est encore de ce monde, nous voyant si souvent lire et écouter des écrivains et des chanteurs qui ne le sont plus, constate, perplexe, attristée, et un peu inquiète : – Mais en fait, presque tout le monde est mort maintenant

 

 

 

 

[Nouvelle chronique pour Vents contraires – De qui se moque-t-on ? (9. L’eau). Je signale aussi que les comédiens Michel Fau et Dominique Reymond feront une lecture de textes extraits de plusieurs de mes livres les 11 et 12 mai au Théâtre du Rond-Point : Portrait craché du romancier ]

Par Éric Chevillard
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Mardi 13 mars 2012 2 13 /03 /Mars /2012 00:00

Leurs visions du monde et de la vie étaient radicalement opposées, car l’un était partisan des trous et tenait que l’homme n’avait rien de mieux à faire sur cette Terre que d’y creuser des trous et des trous encore ; et l’autre était partisan des tas, selon qui toute existence bien comprise consistait à former des tas et encore des tas. Et il fallait voir à l’œuvre ces deux philosophes antagonistes, ennemis jurés, à jamais irréconciliables…

 

 

 

… le premier en creusant ses trous formant des tas…

 

 

 

… et le second pour édifier ses tas creusant des trous…

Par Éric Chevillard
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Lundi 12 mars 2012 1 12 /03 /Mars /2012 00:01

Moi souffrant d’une de ces saletés de microcoupure au pouce près de l’ongle qui font un mal de chien tout le jour et le lendemain encore, et dont il serait malséant de se plaindre sous prétexte que d’aucuns ont le bras sectionné au niveau de l’épaule !

 

 

 

Afin d’étudier les peintures pariétales de la grotte Cosquer immergée, les préhistoriens se muent hardiment en hommes-grenouilles, remontant du coup bien trop loin dans le temps, jusqu’au têtard originel, ce qui les oblige, une fois sur le site, à attendre plusieurs millions d’années l’accomplissement de leur métamorphose pour, recouvrées enfin leurs capacités et compétences scientifiques, apprécier en connaisseurs l’art rupestre des Magdaléniens.

 

 

 

La parution en septembre prochain de L’Auteur et moi pourrait bien plutôt déterminer notre disparition.

Par Éric Chevillard
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