Et donc tout le monde me questionne pour savoir si elle me ressemble ou si elle ressemble plutôt à sa mère, mais ce n’est pas ainsi que j’entends élever ma fille et je préfère répondre
qu’elle décidera elle-même à sa majorité.
Jamais mon cou ne s’est orné d’une cravate. C’est dire si je préside peu de conseils d’administration.
La féminisation des noms de métiers donne le plus souvent des résultats disgracieux : voyez l’écrivaine. On pourrait déplorer cette injustice et considérer que nos égales et sœurs en esprit
comme en infortune sont humiliées par ce primat du masculin dans la langue jusque sur leur lieu de travail. Elles sont vengées pourtant depuis que de fringants jeunes hommes, après cinq années de
formation mais sans intervention chirurgicale, obtiennent le droit et l’honneur d’être appelés sages-femmes.
par Éric Chevillard
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Je me flattai de ridiculiser l’hercule devenu célèbre pour avoir tiré sur dix mètres une locomotive avec les dents. Comme on en doutait, de par ma seule force d’inertie, j’immobilisai trois
jours durant le trafic d’un aéroport international.
La lecture est parfois pénible pour l’écrivain ; il piaffe comme dans un débat politique, lorsque l’un attend en tapotant nerveusement le bord de la table que l’autre ait épuisé son temps de
parole.
Ce n’est pas un cerf-volant. C’est une girafe.
par Éric Chevillard
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Outre ces notes, mon carnet de poche recèle mille petits croquis et esquisses jetés à la diable qui sauront convaincre les chercheurs du siècle prochain que je fus l’inventeur par anticipation
du trapoglisseur, de l’enflamètre, de l’extrocarde, et que, le premier encore, j’eus la prescience du fricolaptic sans fin et de la marinade perpétuelle.
S’il est un âne qui ne veut point avancer, c’est bien plutôt la lourde commode du salon que je presse et supplie de déménager dans la chambre.
Parvenu au terme de mon existence, je prétextai que j’avais oublié mon bonnet à la Maternelle.
par Éric Chevillard
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L’écrivain n’avouera jamais qu’il n’écrit pas pour ses contemporains, qui mordent à tous les leurres, ni pour les analphabètes de demain, mais pour Cervantès, Diderot, Baudelaire, Proust et
les autres grands morts qui l’adouberont comme un des leurs et lui feront une place. Ceux-là sauront le lire, allez ! Ils ne s’y tromperont pas.
Tant qu’il est avec moi, il ne peut rien lui arriver, me dit ce grabataire, parlant de son garde-malade.
Lichtenberg évoque un ingénu qui s’étonnait que les chats eussent la peau percée de deux trous précisément à la place des yeux. Oui mais, tout à coup, je me demande si Toxo, mon chat
borgne et incontinent, n’aurait pas enfilé la sienne à l’envers.
par Éric Chevillard
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Certains animaux pourtant m’échappent, se dérobent, me glissent entre les doigts, qui ne sont pas nécessairement l’orvet ou le furet. Par exemple, je n’ai rien à ajouter à l’ornithorynque.
Déboulonnera-t-on un jour tous ces calvaires réalistes socialistes érigés aux carrefours de nos routes de campagne ? Je croyais que l’on en avait fini avec ces utopies meurtrières.
propret le gros célibataire
passe la serpillière
sur ses couteaux ses cuillères
par Éric Chevillard
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De très vulgaires et vilains cailloux, en s’exposant à l’érosion par la pluie et le vent, parviennent après quelques siècles à se faire passer pour d’authentiques vestiges de voie
romaine, bénéficiant alors du confort d’un coussin rose et d’une vitrine climatisée, et de la caresse hebdomadaire d’un plumeau. Ainsi, dans les réserves des bibliothèques traversées de courants
d’air, méditant la leçon des pierres, de nombreux livres mal dégrossis attendent leur heure.
Le Verdi, Le Vivaldi, Le Rossini, Le Monteverdi... Pensant me distinguer finement de la concurrence, je baptisai ma pizzeria Le Wagner... Chou blanc !
La pieuvre par pudeur de ses jambes nues fait une jupe.
par Éric Chevillard
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Richard Millet écrit : Si je dis que l'Afrique (à l'exception de la chrétienne Ethiopie) ne m’intéresse pas, que ses langues, ses habitants, ses paysages, ses religions, ses mœurs,
ses formes de civilisation me laissent de marbre, que je m’y sens esthétiquement indifférent, si je dis que je n'ai jamais désiré une Africaine, et que je vois ce continent à peu près comme le
narrateur du roman de Conrad Au Cœur des ténèbres, cela implique-t-il que je sois " raciste " ? Devrai-je cesser de me référer à cette très personnelle échelle de valeurs et de goûts qui
font de moi un être désirant, ouvert, frémissant ?
Certes pas, pour la première question. Certes non, pour la seconde. Mais comme l’Afrique va pâtir de cette indifférence ! Car c’est justement ce désir qui fait défaut à l’Afrique, le
désir de Richard Millet, qui la redresserait, ce fort et ardent désir, toute cette sève d’un coup, vous pensez, comme elle eût fécondé l’Afrique !
Quelle lumière sur la brousse, à faire pâlir le soleil fixe au-dessus, le désir de Richard Millet ! Voilà le feu qui manque aux reins du mâle africain. Eau qui irrigue et baptise, encre qui
instruit, cette semence épandue à longs traits sur les terres stériles eût changé la donne ! L’Afrique pourtant va devoir survivre sans le désir de Richard Millet, sans son frémissement non
plus, c’est dire si elle va plutôt dépérir et se lézarder encore, c’est dire aussi si l’ingrate femme africaine continuera longtemps de son geste archaïque, indolent, mais auguste, à piler le
millet.
par Éric Chevillard
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J’ai fui ses yeux brillants, son teint enflammé, son amour contagieux.
De saints rhinocéros se sont illustrés par leurs actes et leurs vertus ; ils ont rendu le monde plus beau et plus fraternel en remuant opportunément la poussière de la savane et la boue du
marigot ; ils entretenaient des parasites afin de pourvoir à la subsistance des oiseaux pique-bœuf. Or il existe des reliques sacrées de ces saints que je collectionne et vénère. Voilà ce
que ne veulent pas comprendre les enquêteurs qui ont saisi chez moi un stock de trois cents cornes de rhinocéros qu’ils me soupçonnent de vouloir piler et absorber en raison de leurs prétendues
propriétés aphrodisiaques. Comment peut-on penser aussi bassement ?
Les princes charmants existent, bien sûr, qui n’ont que deux défauts mineurs : ils ne sont ni princes ni charmants.
par Éric Chevillard
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C’est trop bête, il couvait une longue et douloureuse maladie, et voilà qu’il meurt brutalement fauché par un chauffard.
Je montai à la tribune. En phrases vibrantes, j’exposai que les races et les frontières ne sont que des conventions saugrenues dont la mort se moque bien, je démontrai preuves en main que les
religions ne savent que jeter l’homme contre l’homme, enfin je serrai dans mes bras l’enfant, la fleur, l’océan, l’étoile et le grand singe roux. Puis mon corps lapidé, lacéré, criblé de balles,
couvert de crachats, compissé et conchié copieusement fut restitué à ma famille honteuse qui l’enterra par une nuit sans lune dans une concession anonyme.
Donnez-moi un levier et je soulèverai le monde, affirmait avec force Archimède lorsqu’il posa le pied sur un râteau.
par Éric Chevillard
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