Lundi 10 mars 2008

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À en croire une vieille rumeur, Guillermo Vilas avait toujours dans la main une balle de tennis qu’il pressait à chaque instant afin de se muscler encore et encore et n’être finalement plus que ce bras énorme qui assénait infatigablement des coups droits du fond du court. Il y a aussi le ver de terre qui ne sait guère que fouir. Nous sommes quelques monstres de cette sorte : hyper spécialisés.



Peu à peu toute mon existence s’est ainsi transportée dans le champ de l’écriture. C’est là qu’elle s’accomplit. Il y fallait sans doute quelques dispositions, mais surtout bien des incompétences, une remarquable inaptitude pour la vie réelle que j’entretiens vicieusement : je ne sais à peu près rien faire – ni cuisiner, conduire, danser, naviguer, parler une langue étrangère, construire un meuble, jouer d’un instrument, traire une vache –, comme si je craignais que ces capacités essentielles ne me distraient de la tâche dont je sonde pourtant la vacuité chaque jour en me penchant sur ces vertigineuses lacunes.



Notre rire enfle, s’épanouit, puis il ne peut que décroître ou passer chez le chimpanzé.

par Éric Chevillard
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