Lundi 31 mars 2008

180

Dieu est avec lui. Grâce à ce tremblement de terre – qui fit par ailleurs 30 000 victimes –, il gagna une fortune aux dés.



Renault Clio, signe extérieur de richesse intérieure
, tel est le slogan d’une publicité que l’on peut voir en ce moment au cinéma. Les publicitaires se font décidément une fière idée de nous et des mondes que nous abritons. On botterait volontiers le cul de celui-ci mais, comme il est à coup sûr impossible de pondre une connerie pareille sans se déchirer le rectum sur toute sa longueur, ce ne devrait pas être nécessaire.



Combien d’heures de notre vie aurons-nous passé sur le trottoir à regarder défiler les stupides groins, mufles ou museaux des voitures avant de pouvoir traverser ?

par Éric Chevillard
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Dimanche 30 mars 2008

179

Cet hercule de foire qui tordait des barres de fer en se jouant, comme je l’en priais entre deux sanglots, fut incapable de plier même à peine le  l  de ma douleur.



J’ignore si tous les athlètes de haut niveau se dopent, mais comment croire les champions du 100 mètres lorsqu’ils prétendent courir dans des conditions parfaitement naturelles alors qu’au rebours de toute l’expérience humaine, jamais l’on n’entend leurs clés ni leur monnaie tinter dans leurs poches ?



tout aussi facilement
le gros célibataire
se serait passé de son frère

par Éric Chevillard
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Samedi 29 mars 2008

178

L’humour possède toutes les vertus de la charité chrétienne : on le pratique sans générosité, pour son propre salut, pour la considération personnelle que l’on en retire, pour exercer sa volonté de puissance, pour reluire, pour dominer, et cependant le bien est fait.



Nous apprécions d’avoir dans le quartier un petit fromager, un excellent volailler, une fruiterie approvisionnée chaque jour, et de longer les devantures de ces boutiques pittoresques en nous rendant d’un bon pas au supermarché.



Pourquoi calomnier l’éléphant ? Dans le magasin de porcelaine, il est, au contraire de l’idée reçue, la plus placide des théières.

par Éric Chevillard
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Vendredi 28 mars 2008

177

Je suis un inconditionnel de Shakespeare, dit-il en faisant claquer avec les pouces ses bretelles sur sa bedaine.



Le pêcheur de rivière assis sur son pliant, la canne à la main, affecte dès qu'il se sait observé un petit air professionnel assez réjouissant.



Il écrit exclusivement sur fond de Rachmaninov, le Concerto n°1, pour la bonne raison que cette musique accompagnait le générique de l’émission Apostrophes : il espère secrètement que son roman écrit sur ces nappes de piano attirera la foule des téléspectateurs grégaires qui, quinze années durant, ne se risquèrent jamais dans un livre sans une prescription de Bernard Pivot, lequel curieusement je n’aurais pas davantage l'idée de consulter sur ces matières délicates que je n'aurais celle de confier à un phacochère – remarquable animal par ailleurs – le soin de repriser mes dentelles.

par Éric Chevillard
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Jeudi 27 mars 2008

176

Nous le regretterons. Derrière la médiocrité sans faille de son œuvre, il cachait un formidable talent.



Le voyage ouvre notre esprit et la connaissance sensible du monde que nous en retirons nous permet d’imaginer avec une certaine acuité d’autres expériences pourtant fort éloignées a priori. C’est ainsi qu’ayant, moi qui vous parle, trempé mes pieds dans le fleuve Niger et dans le lac Baïkal, je crois pouvoir me représenter assez précisément la sensation que j’éprouverais en les plongeant dans l’Orénoque, le Yang-Tseu-Kiang ou le Michigan, au point de renoncer sans regret à ces équipées superflues.



Parfois il me semble que je pourrais vivre une vie entière dans le cercle de lumière de ma lampe de chevet.

par Éric Chevillard
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Mercredi 26 mars 2008

175

Sois toi-même, nous recommande-t-on de toute part, mais le conseil invalide l’injonction.



Je crus que cette vache avait mis bas un veau à trois pattes. À ma décharge, je vais très rarement à la campagne. C’était le tabouret de la traite.



Que se passe-t-il ce matin-là ? Quel est ce jour de notre vie où nous commençons à vivre dans le passé ? Moi, j’aimais les fraises, dit cette vieille dame à une autre vieille dame assise près d’elle sur le banc voisin de celui où je feins encore de lire, et sa compagne lui répond – moi, je préférais les cerises.

par Éric Chevillard
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Mardi 25 mars 2008

174

On me voit avec un Montaigne, un Joyce, un Kafka, mais en vérité, sous les couvertures arrachées de ces livres, je dissimule sournoisement un petit carnet vierge dans lequel, feignant de lire, j’écris de la littérature facile.



Elle me raconte son agression, le vol de son sac, et précise un peu gênée que les deux voleurs étaient d’origine maghrébine tout en ajoutant aussitôt qu’elle n’est pas raciste, à quoi je réponds que si, elle l’est, sans quoi elle se serait débrouillée pour se faire détrousser par deux Français de souche.



Quand l’orage tonne et que la foudre menace, la girafe compte ses vrais amis.

par Éric Chevillard
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Lundi 24 mars 2008

173

J’aime surprendre hors de leur sphère d’autorité ces hommes importants habitués à voir leurs collaborateurs et leurs nombreux esclaves baiser leurs genoux et qui ne connaissent l’homme que tremblant, servile, empressé. Ils conservent leur figure rogue et comminatoire, leur démarche de conquérants, mais soudain le monde ne leur obéit plus, il ne s’ouvre plus devant eux comme un champ de blé, d’insignifiants personnages leur coupent la parole et la priorité qu’ils n’ont pas le pouvoir de faire exécuter. Leurs mines offusquées alors sont des plus réjouissantes. Ayons toujours dans nos poches une chiquenaude pour ces nez-là.



Comment peut-on être encore jumeaux à 73 ans ? !



Puis un jour inexplicablement vous retrouvez mort sur la page votre aphorisme cinglant, si électrique et vivace la veille encore.

par Éric Chevillard
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Dimanche 23 mars 2008

172

En 1989, Le Démarcheur, mon deuxième roman, passa totalement inaperçu. C’est évidemment difficile à croire quand on voit l’engouement qu’il suscite aujourd’hui. En cette seule année 2007, pas moins de 34 exemplaires vendus !



Ainsi tu découvres, gentil joggeur tout rouge et tout en sueur, que le survêtement ne fait pas le surhomme.



pas vu de l’hiver
le gros célibataire
est chez sa mère

par Éric Chevillard
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Samedi 22 mars 2008

171

Les léopards tombés dans des pièges subissent d’atroces et dégradantes mutilations. Avant de les relâcher, les braconniers prélèvent en effet la peau de leur croupe et de leurs reins, ayant constaté que la demande des amateurs occidentaux portaient presque exclusivement sur les slips.



Murmure des mots doux à l’oreille de son interlocuteur, braille ces insanités dans celles des passants : elle téléphone dans la rue.



La douceur nouvelle de nos hivers constitue la conséquence la plus remarquable des progrès technologiques réalisés depuis un siècle. À suivre le bel océan bleu de nos vacances partout tout le temps.

par Éric Chevillard
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