Vendredi 2 mai 2008

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Je maintiens qu’une même phrase, mot pour mot la même, sera sublime chez tel écrivain et grotesque dans le livre d’un autre. Imaginons par exemple que l’oxymore génial de Beckett – Essayer encore. Rater encore. Rater mieux – soit venu sous la plume d’Alexandre Jardin : on ne pourrait y voir qu’une maladresse risible de plus, doublée d’un menaçant et funeste projet au demeurant peu réaliste. À l’inverse, si, plutôt que ce dernier, Beckett avait écrit  le tam-tam sourd de l’absolu l’appelait vers une rencontre non capitonnée : au lieu de l’imbuvable pipi de rose, nous nous délecterions de cette salutaire dérision des mièvreries du lyrisme et du sentiment.



Désiré Nisard, Alexandre Jardin, parce qu’il faut bien nommer nos allergies, même si ces noms ne sauraient les circonscrire absolument, bien sûr, et s’il se peut que ce soit le surestimer encore que de faire porter la responsabilité du cancer qui nous ronge au seul crabe à la carapace obtuse.



Un crocodile te mange le pied ? Va vite ! Tu n’as que quelques secondes pour te montrer en société avec ce beau soulier.

par Éric Chevillard
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