Ce que je réprouve dans une certaine conception du roman, me disais-je ce matin en coupant du bois, c’est cette idée d’une langue utilitaire considérée comme un nécessaire de pinces et de
tenailles avec lesquelles prélever de beaux morceaux pantelants de réalité. Je n’appelle pas cela écrire, ajoutai-je à part moi un peu plus tard en ramassant mes pommes de terre. C’est copier,
enregistrer, décrire, au mieux extraire, puiser, pomper. Quant à moi, je ne passerais pas mes journées à ces corvées. Puis j’allai faucher mon pré.
Le chevalier errant avait perdu sa page.
traces de chaussures
sur le mur
un moustique est passé par là
par Éric Chevillard
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Vendredi 28 septembre 2007
Le succès de mon piège à limaces – un gobelet rempli de bière planté au pied du basilic – dépasse de si loin mes espérances que j’envisage très sérieusement d’ouvrir un pub.
je lâche le mot chien
dans le débat
si ça ne suffit pas
je lance le mot couteau
Oh non ! Pèse aussi sur moi la menace du Goncourt des lycéens ! Ne m’épargnera-t-on aucune honte ? Où se cacher après cela, où fuir ?
par Éric Chevillard
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Je sais un moyen plus rapide d’équeuter les haricots. Il suffit de les couper en deux et de jeter les deux moitiés. Car enfin, ce ne sont pas des truffes.
Mais encore : hanté douloureusement par le souci d’apporter ma contribution aux progrès de l’humanité, je me suis dit ce matin que certaines pierres convenablement taillées, par exemple
le silex, seraient susceptibles d’acquérir un tranchant tel qu’elles feraient d’excellents couteaux.
Pas de grand homme pour son valet de chambre. Aussi vais-je renvoyer Firmin.
par Éric Chevillard
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Mercredi 26 septembre 2007
M’expliquera-t-on enfin pourquoi les chaussures nous sont vendues dans des cercueils de chats ou de lapins domestiques ?
Ça m’embête bien, cette histoire de Goncourt. J’appelle un à un les membres du jury pour les dissuader de m’attribuer leur prix. A chaque fois, le ton monte. Vous l’aurez ! Puis on
me raccroche au nez. Françoise Chandernagor notamment sera difficile à décourager qui, me dit-on, s’affiche partout sans orang-outan.
Plutôt que de jouer bêtement au ping-pong, taper une bonne fois du poing sur la table.
par Éric Chevillard
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L’automne touche d’abord les marronniers du Luxembourg. Il donne son spectacle à Paris avant de partir en tournée dans toute la France. Toujours ce mépris des
provinces.
Quoi qu’il en soit, sans rancune aucune, je voudrais vous signaler, au Louvre, un tableau étonnant de Léonard de Vinci, La Joconde. Vraiment une œuvre très
remarquable. Avez-vous vu ça ?
On lui passe tout. On le couvre d’attentions, de prévenances. Monsieur est-il confortablement assis ? Désire-t-il un cognac, un cigare ? Madame devrait peut-être jeter un gilet sur
ses épaules. On est aux petits soins pour lui. Je parle du lecteur français contemporain, traité avec beaucoup trop d’égards (et bien peu de considération).
par Éric Chevillard
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Quand ce n’est pas le silence qui accueille la parution d’un livre, c’est le bruit.
Certaine rumeur me donne favori pour le Goncourt. Certes, Sans l’orang-outan ne figure pas sur la liste des livres sélectionnés. Mais il s’agirait d’une ruse, d’une carte secrète
que les jurés gardent dans leur manche afin de déjouer les pronostics et créer l’événement. On me l’a assuré : c’est chose faite.
Je voulais ne voir qu’une fourmi. Mais impossible. Toutes les autres étaient là aussi.
par Éric Chevillard
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Vendredi 21 septembre 2007
Rôdent autour de nos amours les maigres transis. Enfin nous mourons et nos compagnes éplorées se tournent vers leurs consolateurs. Bien trop occupés à dévorer nos cadavres, ces
vautours.
Vous publiez un nouveau livre, c’est le moment qu’attendaient impatiemment vos amis et plus fidèles lecteurs pour vous confier que le précédent leur est tombé des mains.
Du coup, on ne me verra plus à Veracruz le jeudi. Le marché attire trop de monde. Dorénavant, ce jour-là, j’irai plutôt flâner dans les ruelles calmes de Copenhague.
par Éric Chevillard
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Son silence a suscité tant de commentaires, de considérations et de bavardages que Rimbaud ne put tout bonnement plus en placer une, ceci expliquant cela.
Dans la rue, ce matin, deux gros messieurs parlaient. Moi, je n’aime pas beaucoup Buster Keaton, dit l’un. Ni moi non plus, acquiesça l’autre. Ils étaient bien d’accord sur ce point. Plus
tard, je les vis se disputer âprement à propos d’autre chose.
Mais le plus triste, c’est qu’on ne peut même pas qualifier de précoce ma calvitie naissante.
par Éric Chevillard
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Mercredi 19 septembre 2007
Saviez-vous que le globe terrestre stoppa net sa course lorsque Galilée abjura devant l’Inquisition ? Ce ne fut que lorsqu’il ajouta et pourtant elle tourne que la
Terre reprit ses révolutions.
Cette anecdote prouve suffisamment, je pense, à quel point les mots sont importants. Les écrivains se doivent de les assembler avec art afin d’éviter les catastrophes. Et j’ai bien envie
de dire ici à ceux qui choisissent d’écrire comme on parle qu’ils ne trahiraient point leur beau souci d’authenticité s’ils écrivaient plutôt comme on se tait.
Ma grand-tante Pulcella, 108 ans, ne va pas fort depuis quelques jours. Elle ne supporte plus son prénom.
par Éric Chevillard
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J’ai compté 807 brins d’herbe, puis je me suis arrêté. La pelouse était vaste encore.
Et la journée bien avancée. Je me suis assis pour penser. Il se publie trop de livres, c’est certain. Mais les miens, imprimés en petit nombre, peu vendus, encombrent moins que d’autres.
Je me plais à le faire remarquer. J’écris pour occuper moins de place.
Plus tard encore, j’ai songé à acheter une vache. Sans mentir, j’avais sorti l’argent. Elle était blanche et rousse. Et puis je ne sais quelle hésitation au dernier moment.
par Éric Chevillard
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