Vendredi 30 novembre 2007
Cette publicité m’invite à contacter au plus vite mon conseiller astral. Mon conseiller astral ! J’ai donc un conseiller astral ! Mais que demander à un conseiller astral ?
Est-ce si j’hésite entre Saturne et Pluton pour mes prochaines vacances que ses lumières me seront utiles ? Ou bien si j’envisage moi-même de créer une planète qu’il me dira par quel trou la
pondre ? Rendez-vous pris, je constatai hélas qu’il s’informait surtout auprès des étoiles de mer, sur les fonds limoneux de son abyssale connerie.
C’était lui, son beau prince, à n’en point douter. La prophétie de la cartomancienne était donc juste ! La princesse se pencha et ramassa dans l’herbe le vilain crapaud. Surmontant tout de
même une légère répugnance, elle déposa sur sa bouche un baiser. Il y eut un éclair et elle se retrouva accroupie dans l’herbe, changée en grenouille. Je t’attendais depuis si longtemps,
coassa le verruqueux crapaud ; et en trois bonds mous, il était sur elle.
Certaines maladresses nécessitent paradoxalement une habileté peu commune. Qui d’autre que moi par exemple est capable de briser un marteau d’un coup de ce même marteau ?
par Éric Chevillard
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Je fis remarquer en souriant à cette jeune dame que le manège sur lequel elle venait d’installer son fils tournait aussi autour du soleil. Mais alors elle grimaça, arracha par un bras
l’enfant qui se cramponnait à son cheval de bois et s’enfuit en s’excusant – trop loin, trop dangereux, pas le temps !
Les boutiques de farces et attrapes ne faisant plus recette ferment leurs portes les unes après les autres. Ce qui m’étonne dans ce contexte, c’est que les magasins de pompes funèbres dont
l’esthétique est tout aussi vieillotte et le propos péniblement rebattu trouvent encore une clientèle.
Je déposai une offrande sur les marches de l’autel. Aussitôt le dieu pointa son nez et les mâchoires de fer de mon piège se refermèrent sur lui.
par Éric Chevillard
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Mercredi 28 novembre 2007
Arrive un jour où nos vieux amis prétendent savoir mieux que nous-mêmes ce que nous devrions faire de notre vie. C’est alors qu’un parfait inconnu nous réconcilie avec notre fautive et
entêtée petite personne en posant sur elle un regard clair qui l’embrasse et la comprend.
Rien de tel qu’une bonne lime à ongles pour arrondir ses fins de moi.
Un homme a été arrêté en possession d’une carte de crédit appartenant au promeneur assassiné samedi sur les bords du canal de l’Ouche. Le couteau découvert non loin du corps portait ses
empreintes et du sang de la victime tachait sa chemise et son pantalon. Suite à l’intervention du fameux détective Hercule Maigrelet, cependant, on a pu croire un moment que les
soupçons se détourneraient de lui pour accabler une concierge aveugle et grabataire de 87 ans, domiciliée à 300 kilomètres du lieu du drame, mais le célèbre enquêteur dont la perspicacité ne
cessera décidément de surprendre a bien vite confirmé les premières conclusions de la police.
par Éric Chevillard
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ce matin
attention
je suis né d’un citron
Il paraît que les dirigeants de cette grande firme de chaussures de sport voient d’un très bon œil leurs cadres et employés qui se font tatouer sur la cheville le logo de l’entreprise (une fiente
de mouette). On imagine dès lors comme ils se montreront reconnaissants envers celui qui se dévouera pour leur imprimer sur les fesses le dessin de la semelle à crampons moulés du tout dernier
modèle sorti des chaînes.
Nous avons deux mains, ce n’est tout de même pas un hasard : l’une pour compter les esprits sagaces au sein du personnel critique de la presse française ; l’autre pour moucher et
souffleter les crétins réjouis qui forment le gros de la troupe.
par Éric Chevillard
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Et voilà, depuis ce matin, je suis propriétaire de vingt hectares à bâtir sur la planète Mars. Mes amis m’affirment que je me suis fait rouler dans la farine par un escroc alors que
j’ai, pour ma part, le sentiment contraire, ayant obtenu ce terrain en échange de mon sèche-cheveux dont cette flasque et verdâtre créature semblait passionnément éprise.
Jamais la mort n’avait été si bien servie par la malchance : il entra justement dans la grotte à l’instant où, après des dizaines de milliers d’années d’imperceptible croissance, stalactites et
stalagmites se rejoignaient.
Quelle est cette pièce étrange sur l’échiquier ? – Un flic, répond Poutine à Kasparov.
par Éric Chevillard
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Dimanche 25 novembre 2007
J’ai endossé voici quelques jours la houppelande et la fonction de Père Noël dans le grand magasin des boulevards qui m’emploie comme animateur. Les enfants ne gobent plus toutes ces
foutaises, je vois bien qu’ils s’écartent à mon approche quand ils ne s’enfuient pas en pleurant. Ce matin, j’ai reçu ma lettre de licenciement sec, sans indemnités ni explications. Inutile
d’essayer de comprendre ce chef du personnel vicieux et névrosé. J’avais de toute façon besoin de repos après ces folles semaines. Songez que depuis le 31 octobre je n’ai pas trouvé une seconde
pour ôter mon maquillage d’Halloween.
Deux phrases bonnes sur trois, telle est la loi du roman. La phrase centrale est sacrifiée, à la fois lien et tampon, elle encaisse l’onde de choc de la précédente, puis elle prépare le terrain
pour la suivante. C’est une brave petite mal fichue, dévouée, vaquant aux basses corvées du livre en cours, abattant toute la besogne de la narration, puis s’effaçant pour que les deux autres
brillent sur ce velours.
C’était un perroquet surdoué, vraiment prodigieux. Vous prononciez une seule fois devant lui une phrase longue et complexe et tout de suite il répétait j’allais le dire.
par Éric Chevillard
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De quel vicieux petit froid nous protègent nos toisons pubiennes ?
Au lendemain de ses noces, pour attester qu’elle était vierge, on fit flotter à sa fenêtre le drapeau japonais. Quelqu’un m’explique ?
Je laissai la fête derrière moi et je sortis sur la terrasse. La lune était pleine. Une grande femme blonde en robe de soie, le dos nu, se tenait accoudée à la balustrade de pierre. La musique
des violons nous parvenait assourdie dans l’air parfumé de la nuit. Soudain elle se retourna. Son regard rencontra le mien. Oh tout cela ! ... nous ne sûmes que pleurer de rage et
d’ennui.
par Éric Chevillard
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Vendredi 23 novembre 2007
On prétend que le lait jaune de la chélidoine, cette mauvaise herbe envahissante, constitue un remède souverain contre les verrues. Aussi, depuis plusieurs mois, deux fois par jour, j’en
arrache une tige pour traiter celle qui a poussé sur mon index, juste sous l’ongle. Sans grand résultat ; en revanche, je dois convenir que les verrues sont souveraines pour débarrasser un
jardin de l’envahissante chélidoine.
Très médiocre élève en mathématiques, je me trouvais bien des 2 et des 3 qui sanctionnaient mes devoirs. Une note plus élevée, je ne l’aurais pas comprise.
Tout l’émerveille. Elle dépouille délicatement de son emballage le présent minuscule que le garçon lui a apporté avec son café : oh ! un sucre !
par Éric Chevillard
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Il y aurait trop d’animaux dans mes livres. Eh oui, nous vivons pour quelque temps encore dans un monde où doit être pris en considération le risque de se faire mordre.
Nous voyons l’homme en regardant le singe. Mais le chien y voit ressemblance de chien, le lion ressemblance de lion, la chouette ressemblance de chouette, l’ours ressemblance d’ours, la
chauve-souris ressemblance de chauve-souris, l’araignée ressemblance d’araignée. C’est pourquoi, lorsqu’il n’y aura plus le singe pour embrasser la planète, celle-ci se désunira, chaque espèce se
retrouvera seule, éperdue, voguant sur un morceau de notre monde disjoint.
On l’offre aux enfants comme un jouet, en conséquence de quoi, bien sûr, la tortue a perdu ses roulettes.
par Éric Chevillard
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Mercredi 21 novembre 2007
Concernant cette histoire de photosynthèse réalisée par les plantes qui élaboreraient ainsi l’oxygène nécessaire aux êtres pour vivre, je nourris quelques doutes. Voyez plutôt comme le
veau semble avoir du mal à respirer dès qu’il a deux brins de persil dans les narines.
Pour se distinguer de la concurrence fort rude dans le métier, ce quincaillier ne vendait pas de clous.
Dans quelques semaines, les petits retraités n’auront plus le droit de fumer leur clope au comptoir. Ils ne mourront donc pas d’un cancer du poumon, mais de tout l’ennui soudain revenu d’une vie
laborieuse qui fut si avare en plaisirs.
par Éric Chevillard
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