Un homme a été tué accidentellement hier dans la forêt des Charmes par son compagnon de chasse. Triste histoire, bien sûr, et que nous déplorons, mais ces prélèvements
sont indispensables à la régulation de l’espèce.
Nous croyons être appréciés pour nos belles qualités, ou méprisés à cause de celles-ci encore. Mais nous avons d’autres existences que nous ne soupçonnons pas. Ainsi ce passant à courte barbe
grise et lunettes, dépourvu de cou mais porteur en toute saison d’un parapluie qui lui en tient lieu, je suppose, et devant lequel je surgis chaque matin à la même heure en ouvrant ma porte, ce
passant, donc, quand par extraordinaire notre rencontre se produit alors que je marche déjà dans la rue, je le vois qui accélère le pas, conscient soudain de son léger retard. Pour cet homme, que
suis-je d’autre en effet qu’un coucou suisse assez fiable ?
Eh bien non, moi je ne rends pas leur sourire aux jeunes parents qui, dans les trains, prennent les voyageurs à témoin de leur bonheur en soulevant à bout de bras un poupon hurleur et
cramoisi dans sa housse. Ce n’est pas tant que j’ai le cœur sec. C’est surtout que j’ai l’ouïe fine.