Je résolus cette fois d’entreprendre sérieusement l’apprentissage d’une langue étrangère afin de m’ouvrir un peu le monde. J’optai pour un stage intensif et, après quelques semaines,
j’attrapais déjà les mouches avec la dextérité du caméléon.
Le nom de l’auteur, indépendamment de sa personne, compte pour beaucoup dans la perception que l’on a de son œuvre. Un nom est le précipité sonore de tout un imaginaire, de toute une mythologie.
Un nom américain quel qu’il soit profite indûment à nos oreilles de toute la culture américaine récente, du western au rock. Un auteur américain arrive paré de son nom (on sera d’autant plus
surpris de découvrir un jour la photo d’un petit gros sans allure) ; au contraire, le nôtre nous voûte les épaules de tout le fardeau d’une vieille culture dont nous sommes las souvent et
dont la pertinence s’est émoussée. L’auteur américain arrive porté par un riff de guitare tandis que Chevillard reste embarrassé de Nisard. Il y a là une injustice profonde. Je suis né moi aussi
de la dernière pluie sur la plaine.
Et je me vante de n’avoir pas besoin d’écrire pour boire, contrairement à ces petites natures du genre Faulkner.