Partager l'article ! 1485: On ne photographie jamais que des fantômes. D’abord, sitôt prise, l’image appartient au passé – je ne suis déjà plus cet hom ...
On ne photographie jamais que des fantômes. D’abord, sitôt prise, l’image appartient au passé – je ne suis déjà plus cet homme. C’est un homme mort sur la photo. C’est aussi un homme mort comme on le dit dans les westerns de celui qui va mourir. Mais je ne redeviendrai pas lui pour autant quand je mourrai à mon tour. Car l’homme sur la photo, l’homme qui était mort, à présent que je le suis aussi, témoigne pour moi ; au moins est-il encore visible. C’est pourquoi, lorsque je me sais pris en photo, je laisse flotter sur mon visage un sourire posthume, à la fois mélancolique et consolateur, que j’adresse aux vivants, à mes chers désespérés, depuis l’au-delà.
Il s’accroche comme un lierre à son poste de délégué de classe du cours préparatoire depuis bientôt cinquante ans.
(nous cherchons sa mère dans la rue)
AGATHE – Oh ! j’ai failli la voir !
(et elle me montre du doigt une passante qui, en effet, lui ressemble un peu)