Dans le Transsibérien. C’est au travers d’un vilain bouquet de lupins en tissu mauve fiché dans un
vase étroit sous chaque vitre du wagon-restaurant que je contemplerai aux heures des repas la taïga et la steppe. Arrêt à Omsk où fut emprisonné Dostoïevski. Mêmement, je me fais réprimander par
la provodnitsa parce que j’utilise un torchon de la Compagnie pour essuyer ma vitre. Compartiment exigu. Couchette propre ou trop mince pour loger des punaises. Les ressorts de mon matelas sont
les suspensions ultrasensibles du train.
Myope voit-il moins de steppe est l’une des questions que je me pose, et voici l’autre : si je pouvais savoir combien de fois mon œil a enregistré l’image des trois bouleaux qui se
trouvaient dans le jardin de mon enfance, ce nombre – multiplié par trois puisqu’il y avait trois arbres – serait-il supérieur ou inférieur à celui de ces autres bouleaux que je verrai qu’une
fois dans ma vie mais qui forment une double haie presque ininterrompue de chaque côté du train à bord duquel je traverse la Sibérie d’ouest en est ?
Une chenille y va ; un papillon en revient. Retour en avion
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