Il faut mourir sans doute pour une seule bonne raison : parce qu’au bout d’un certain temps notre personne n’est plus supportable pour le monde, assez vue, assez entendue, trop connue,
percée à jour, vannée, fanée comme un vieux tapis, nous devenons semblables à ces vedettes antédiluviennes qui se fossilisent dans le paysage, que l’on ne voit pas sans écœurement persister aussi
fastidieusement dans leur être, dont on s’étonne surtout qu’elles ne se vomissent pas elles-mêmes, de dégoût et de lassitude – c’est ce haut-le-cœur salutaire finalement qui nous tue.
Au sol, un petit tas d’os émiettés, une flaque de sang : le trapéziste a eu un trou de mémoire.
Je me coiffe d’une perruque poudrée, j’enfile un habit et une culotte de soie, des bas blancs, puis je m’installe à ma table pour écrire, par-delà ce siècle obtus, à l’intention des générations
futures déniaisées qui se précipitent sur mes travaux de plume.