Un moustique ayant par miracle survécu
aux premiers froids vient de me piquer la joue. C’est bien aimable de sa part, mais hélas ce baiser ne va pas suffire à me faire oublier le temps maussade ni surtout les mauvaises nouvelles de
cet automne particulièrement pisseux pour me transporter sous le soleil fixe du mois d’août, à l’île d’Yeu, quand nous dressons la table dans le jardin où ses congénères vivent en nombre ;
qui ne sont pourtant pas la principale raison que nous avons de nous taper sur les cuisses.
Comment n’être pas révolté à la pensée de tous ces ours en peluche que l’on aurait pu façonner avec les fourrures synthétiques dont se parent aujourd’hui les bourgeoises et qui par leur
faute ne verront pas le jour ?
Le politiquement correct procède des nobles valeurs de tolérance et de respect. Il suppose une compréhension infinie. Si les Kurkuzes ont pour coutume millénaire de fricasser leurs
nains, qui sommes-nous pour y trouver à redire ? Cependant, cette ouverture d’esprit fait fi de nos allergies à bon compte. Bientôt notre belle âme se couvre d’urticaire et de croûtes
purulentes que notre médecine est impuissante à soigner. Alors la question se pose : combien de temps supporterons-nous ces cruelles démangeaisons avant d’appliquer sur nos plaies l’emplâtre
bienfaisant obtenu avec les cendres des nains kurkuzes ?