• 295 (25/07/2008 )
    Je commençai par couper en deux mon aphorisme, puis je divisai encore ces deux moitiés dans le sens de la longueur. Ainsi, d’une seule maxime, j’en fis quatre, plus fines et percutantes. Sachant que le nombre de gens qui croyant voir une fouine voient en réalité une...
  • 294 (24/07/2008 )
    La vieille gloire décatie, le chanteur passé de mode croisé dans la rue, que je reconnais sans pouvoir le nommer, qui prend vingt ans en une seconde là devant moi et entraîne dans sa déchéance et sa ruine précipitées toute une époque – elle s’abîme dans les profondeurs du temps......
  • 293 (23/07/2008 )
    Certains jours, rien. La girafe ne se laisse pas traire, ni l’éléphant. Dans ces conditions... Si de surcroît et par extraordinaire notre souverain se tient coi, alors moi, subséquemment, qui déjà ne trouvais rien à dire, voilà que je ne trouve rien à redire non plus....
  • 292 (22/07/2008 )
    Dîneur gavé, repu, et qui se ressert pourtant, comme s'il voulait maintenant engraisser sa fourchette. Le mâle est plus beau que la femelle chez toutes les espèces animales à l’exception notable de l’homme qu’une crinière hirsute, une queue ocellée, des...
  • 291 (21/07/2008 )
    Le suicide, oui, bien sûr, mais une fois débarrassé de moi, il restera encore tous les autres. Nous ne savons jamais qui nous lit. Je préfère donc être clair sur ce point : ce n’est pas parce que je suis misanthrope que je vais me laisser chier sur les bottes par des...
  • 290 (20/07/2008 )
    Il ne faut rien céder sur le principe de la laïcité : on ôte son voile ou son scapulaire quand on entre dans un lieu public comme ses mules ou son chapeau quand on entre dans un lieu de culte et tout le reste enfin pour entrer dans son bain. Et pourquoi celui qui...
  • 289 (19/07/2008 )
    Le fleuriste ne supporte bientôt plus le sauve parfum des fleurs, rien n’écœure le chocolatier comme le chocolat, quelquefois je vomis toute la littérature. Cette nausée passe vite. Par chance, nous autres, écrivains, exerçons plutôt notre activité avec l’immarcescible fraîcheur et le...
  • 288 (18/07/2008 )
    Vous êtes surpris de me voir grimper aux arbres si lestement, normal, vous ignorez que je possède un koala et que c’est à chaque fois toute une affaire pour lui donner son bain. Ingrid Betancourt a remercié Dieu et la Vierge Marie pour le miracle de sa libération. Il...
  • 287 (17/07/2008 )
    Ses yeux brillent quand elle me regarde mais je me suis fait si souvent berner ainsi par des étoiles mortes depuis des millions d’années que je tourne résolument le dos à cette probable défunte. Dans le filet de mes nerfs, un papillon en lambeaux. ...
  • 286 (16/07/2008 )
    Avivant un agréable goût d’encre de Chine, une poudre noire pleut doucement sur ma veillée. Je baisse les feux du lustre, je me jette sur le lit, et tourné du côté de l’ombre, je vous vois, mes filles ! mes reines !... hé oui, ce n’est pas pour me vanter, mais quelquefois...
  • 285 (15/07/2008 )
    Ses phrases sont si chaotiques, si accidentées, si mal balancées que j’ai fait vomir un marin à qui je les lisais à haute voix. Et dire que si revenait le temps où j’en pinçais pour des majorettes, des plaintes s’ensuivraient, de lourdes condamnations. Allez plaider la...
  • 284 (13/07/2008 )
    Toutes les municipalités se dotent aujourd’hui d’un parc à vélos, mais on ignore souvent qu’une semblable initiative avait déjà vu le jour après la Révolution. Furent en effet mis à la disposition des citoyens de nos principales villes des Chevalibs, des Chevaloves, des Chevagabs, etc....
  • 283 (12/07/2008 )
    Ils ne se serrent pas de trop près et conservent entre eux une distance de sécurité – résultat : jamais de collision entre deux platanes. Elle voulait empoisonner son mari à la Javel, titre en Une ce quotidien régional. Puis l’article en pages intérieures nous...
  • 282 (11/07/2008 )
    On me parlera de l’attachement du dompteur pour ses bêtes, des soins qu’il leur prodigue sans compter, mais là, désolé, ce n’est plus du dressage, c’est une domestication abusive, pernicieuse, criminelle, qui va jusqu’à la dénaturation complète de l’ours et de la girafe ainsi réduits,...
  • 281 (10/07/2008 )
    Ce psychopathe coupe ses victimes en morceaux avant de les dévorer. Son profil est d’autant plus difficile à cerner qu’il s’en prend indifféremment aux ovins, aux bovins, aux porcins et aux volailles. L’ombrelle est une jupe cul par-dessus tête. Je...
  • 280 (09/07/2008 )
    L’eau couvre 70% de  la planète et mon corps en est constitué à 60%. Sauf que ces proportions sont maintenant modifiées : j’ai bu la tasse. Ah nom de Dieu, que s’effondre Notre-Dame, vite, il y a une jolie fille derrière, sur le parvis ! ...
  • 279 (08/07/2008 )
    Fils d’une écuyère et d’un équilibriste, il dilapide dans l’alcool son patrimoine génétique. Anéanties à tout jamais la paix de l’âme, la tranquillité de l’esprit : le téléphone portable est une petite bombe individuelle qui peut les désintégrer à tout moment et en...
  • 278 (07/07/2008 )
    Toute littérature est entachée de ridicule : sa gravité, sa solennité, son outrance, son tour péremptoire ou inspiré... inévitablement l’un ou l’autre de ses profils est déjà sa caricature. Le lecteur n’a plus qu’à disposer son siège dans le bon angle pour y trouver matière à rire...
  • 277 (06/07/2008 )
    Une feuille de papier pelure rose ou verte pliée en deux, ainsi se présentait le Bulletin paroissial dominical de Melay-en-Mauges, dactylographié avec ferveur et orthographe par l’abbé Rampillon et dont la collection complète – si tant est que quelqu’un puisse se vanter de posséder les...
  • 276 (05/07/2008 )
    Les valises ont toutes des roulettes désormais. C’est très bien. Elles vont pouvoir partir sans nous. On doit lire l’aphorisme à travers la plus étroite fente des paupières. L’œil rond n’y comprend (que) goutte. L’énergie rock qui s’est diffusée dans nos...
  • 275 (04/07/2008 )
    Que ne suis-je plutôt un jeune noceur occidental, déplorait dans son infinie compréhension des choses de ce monde un vieux sage oriental. Curieusement, la loi sur le prisunic du livre n’empêche pas les bonnes librairies de se trouver menacées par une concurrence...
  • 274 (03/07/2008 )
    N’est-il pas logique en somme que culmine l’hystérique impudeur de l’autofiction dans le récit par la plus excitée de la horde de ses amours avec un chanteur gynéco ? Si, à l’instar de la chauve-souris, nous n’avions pas besoin de nos yeux pour évoluer avec sûreté,...
  • 273 (02/07/2008 )
    Quand ma fille ouvre pour la première fois les yeux sur une chose ou un phénomène qui aussitôt la fascine – les feuilles qui bougent dans le vent, l’eau qui coule d’un robinet, le reflet d’une ampoule dans le miroir –, vite je ferme les miens afin que ma lassitude n’abolisse pas...
  • 272 (01/07/2008 )
    Toute l’année, nous aspirons à l’été et puis d’un seul coup nous y sommes, il est là, et aussitôt s’ouvrent les bruyants chantiers urbains, la poussière vole, l’asphalte frémit, sur les trottoirs s’exacerbe l’odeur des déjections canines, contre le carreau vrombit la mouche stupide,...
  • 271 (30/06/2008 )
    Généreusement pourvu par les muses non seulement de la bosse de Scarron mais aussi de celle de Lichtenberg ainsi que du pied bot de Byron et amputé par le bon vouloir de ces muses munificentes d’une main comme Cervantès et d’une autre encore comme Cendrars, il écrit hélas à la manière de...
  • 270 (29/06/2008 )
    Je me suis marié sept fois. Mes sept épouses m’ont quitté pour un autre. Je vous jure qu’il n’a pas intérêt à croiser ma route, celui-là ! Le trèfle à quatre feuilles porte chance, incontestablement, mais il est si hasardeux d’en trouver un que tout son pouvoir...
  • 269 (28/06/2008 )
    Il ne saurait pourtant y avoir de talents innés pour le golf, le tennis ou les échecs, activités des plus contingentes dont les règles et les techniques se sont fixées au cours du temps et pures aberrations dès que l’on y réfléchit un peu. Ou bien il faut imaginer que certains hommes...
  • 268 (27/06/2008 )
    Je m’enlise dans le roman russe comme Napoléon lui-même ; au moins ai-je le tact quand je m'en extirpe de ne pas laisser derrière moi 300 000 soldats morts dans la neige. Pour connaître le sexe d’un merle, capturer l’oiseau, soulever ses plumes caudales,...
  • 267 (26/06/2008 )
    J’ai vu à Pékin un homme qui traçait de magnifiques idéogrammes sur les dalles sèches d’une place publique au moyen d’un long pinceau trempé dans l’eau. Le soleil les effaçait en quelques secondes. Rapportant ce geste éphémère à mon activité de noteur cupide, j’en conçus un profond...
  • 266 (25/06/2008 )
    Inspiré par le succès de quelques films récents, je viens de créer une petite affaire qui devrait m’apporter la fortune. En deux mots : lorsque la mort vous ravit un être cher, mon agence met à votre disposition un comédien de même stature qui, après quinze jours de répétition –...
  • 265 (24/06/2008 )
    J’enregistre des images de ma fille en projetant déjà mentalement ces films dans le temps pourtant inconcevable où elle les regardera avec curiosité et amusement sans doute, puis avec nostalgie peut-être, et tristesse un jour, qui sait ? (Et n’en va-t-il pas de même, Agathe ma...
  • 264 (23/06/2008 )
    Non, non, si tu venais brutalement à mourir, je ne serais pas ému aux larmes en me remémorant l’épouvantable désordre que tu mets constamment dans mes affaires. Rien de plus joyeux que des voix, des cris et des rires d’enfant, si ce n’est peut-être, pour celui qui vit de...
  • 263 (22/06/2008 )
    Eurêka ! s’écria-t-il en se frappant le front avec une telle force hélas que toutes ses idées se mélangèrent dans la plus grande confusion. Paranoïa : le lynchage de l’égocentrique. nue elle ne me plaisait plus mais comment rhabiller la...
  • 262 (21/06/2008 )
    Cruauté de l’artiste, de l’écrivain. Car il s’agit bien pour lui de laisser une trace si belle et si profonde qu’après sa mort et à jamais les hommes déplorent sa perte, il s’agit que les générations à venir à leur tour le pleurent, ce cher disparu de l’humanité, et que ne...
  • 261 (20/06/2008 )
    On me bombarde de livres. De toute évidence, je suis une cible facile. Ce ne sont pas des ailes, dit l’autruche en refermant sur elle ses volets. Le vol du frelon inlassablement dessine la forme d’un tigre.
  • 260 (19/06/2008 )
    Prenant audacieusement le contre-pied d’Arthur Rimbaud, Dominique de Villepin s’est retiré des affaires pour embrasser l’aube d’été et, semble-t-il, se consacrer à la poésie. Il proposait samedi dernier à Montpellier, au son d'une kora, un récital de ses vers favoris ou plus...
  • 259 (18/06/2008 )
    yeah je vieillis donc mon vin aussi Mais je suis jeune encore, extrêmement jeune, et même à la dernière extrémité. Comme ma dilection pour les livres et la littérature se manifestait déjà à cet âge, mes parents, plutôt qu’une panoplie de...
  • 258 (17/06/2008 )
    Ayant oublié mes lunettes, je me trompai de sonnette. Je venais voir le cobra, et me voici chez le crotale. J’attache solidement mon prisonnier au poteau de tortures en lui laissant les mains libres, toutefois, avec dedans un livre de Pierre-Jean Rémy ou de Yann Moix....
  • 257 (16/06/2008 )
    Passe le temps et l’écrivain évoque ses premiers livres avec ironie ou dédain, parfois même il les renie. Et, somme toute, il a raison de les mépriser, car en les écrivant le jeune homme d’alors croyait faire ce qu’il fallait pour ne jamais devenir ce vieux crabe aigre et...
  • 256 (15/06/2008 )
    Groupe ambulant de retraités chenus sous la houlette d’un guide visite la ville. On fait halte devant chaque façade. On remue un point d’histoire. Chacun secoue en mesure sa tête blanche et rose. Ah oui, le passé... On éprouvera la même volupté à déféquer le résidu...
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